War and Technology : A Very Short Introduction

Alex Roland, Oxford University Press, 2016, 135 p.

Cet ouvrage issu de la collection Very Short Introductions – équivalent britannique des Que sais-je ? – dont l’auteur est Alex Roland, professeur à l’université de Duke, a pour ambition d’éclairer un large public sur la coévolution de la technologie et de la guerre, des débuts de l’humanité à aujourd’hui. L’idée maîtresse développée est que la technologie est le facteur qui a le plus influencé la façon de faire la guerre mais que les relations entre guerre et technologie ne sont pas à sens unique, la première aiguillonnant autant la deuxième que l’inverse.

War and Technoloy

Les réflexions de l’auteur se concentrent sur la période prémoderne (Ve-XVe siècle). Elles couvrent les guerres terrestre, navale, aérienne et spatiale. Le propos de Roland débute avec la découverte en 1990, sur le site allemand de la mine de Schöningen, de lances en bois vieilles de 300 à 400 000 ans. Il est impossible de savoir si elles étaient utilisées pour la chasse ou la guerre mais ces javelots indiquent qu’ « Homo Sapiens est né armé ». La plus décisive des technologies militaires préhistoriques est cependant le duo arc et flèche inventé au paléolithique, soit il y a plus de 40 000 ans. À l’âge de bronze, l’arme la plus révolutionnaire est le char. Puis, à l’époque classique, la survenance des ingénieurs militaires, notamment via les techniques de siège, inculque aux gouvernants que la technologie peut atteindre des résultats sur le champ de bataille. Le Moyen âge marque la transition progressive d’un cycle dominé par l’infanterie à un autre où la cavalerie prend l’avantage. L’apparition des armures de plates et de l’étrier permettent en effet au chevalier de devenir une arme de choc. La poudre à canon change la donne en profondeur. Un nouveau cycle de l’infanterie se met alors en place et le paradigme du combat interarmes évolue : l’artillerie s’additionne à l’ancien couple infanterie-cavalerie. Au XIXe siècle, l’augmentation de la cadence de tir sature le champ de bataille. La technologie est au cœur du blocage tactique de la Première Guerre mondiale.

En ce qui concerne la guerre navale, la galère, chef d’œuvre d’architecture en son temps, est déclassée avec l’apparition de la poudre et des vaisseaux à canons latéraux. La domination de ces derniers décline avec l’invention du navire à vapeur. Puis le moteur à combustion interne permet de nouvelles évolutions, en particulier la conception des sous-marins, avant que certains passent à la propulsion nucléaire à partir de 1955. Dans le domaine aérien, pendant la Première Guerre mondiale, l’avion est avant tout une plateforme d’observation. Ce n’est que dans l’Entre-deux-guerres qu’il va trouver l’usage militaire (et civil) qu’il a encore aujourd’hui avec les fonctions de chasse et de bombardement. La Seconde Guerre mondiale provoque ensuite deux révolutions technologiques majeures : l’arme nucléaire et l’institutionnalisation de la recherche et du développement. Enfin, les dernières pages du livre sont consacrées aux révolutions militaires. L’auteur nous y rappelle de façon salutaire que, dans le domaine militaire, la croyance en l’efficacité de la technologie n’est pas la panacée et qu’elle peut même être dangereuse.

Cette synthèse très réussie et écrite dans un style limpide est  une excellente introduction à la question des liens inextricables entre guerre et technologie. Sa lecture est utile et recommandée tant à l’amateur qu’au spécialiste car elle permet de retracer de grandes tendances et d’ouvrir des perspectives historiques intéressantes sur les problématiques actuelles.

 

 

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About Rémy Hémez

Officier supérieur de l’armée de Terre, Rémy Hémez est chercheur au sein du Laboratoire de Recherche sur la Défense (LRD). Détaché par son ministère auprès de l’Ifri, il apporte une expérience opérationnelle aux différentes études relatives aux engagements militaires contemporains ainsi qu’à l’adaptation de l’outil de défense français. Saint-Cyrien, il est breveté de l'Ecole de Guerre. Ses propos tenus sur ce blog sont de sa seule responsabilité et n'engagent pas l'armée de Terre.
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