L’ultime champ de bataille. Combattre et vaincre en ville.

Frédéric Chamaud et Pierre Santoni Paris, Éditions Pierre de Taillac, 2016, 256 pages

Cette recension est parue dans le numéro 2016/3 de Politique Etrangère.

Ultime champ de bataille

Le colonel Pierre Santoni et le chef de bataillon Frédéric Chamaud ont servi au Centre d’entraînement en zone urbaine (CENZUB) de Sissone où ils ont approfondi leur expertise de la guerre en ville qu’ils partagent dans ce livre.

Depuis  2007, et pour la première fois de l’histoire, plus de 50 % de la population mondiale vit en ville. Les projections pour  2050 atteignent même 60 % à 70 %. Pourtant, pendant des siècles la zone urbaine a été évitée par les militaires. La ville était encerclée, soumise au siège, mais on ne s’y battait pas entre armées de même type. Ainsi, en Espagne au XIXe siècle, ce sont des émeutiers qui vont provoquer l’armée française dans un combat en ville. La Première Guerre mondiale connaît quelques opérations en zone urbaine mais c’est la guerre d’Espagne (1936- 1938) – et en particulier la bataille de Madrid (1936) – qui marque, selon les auteurs, le véritable début de la guerre en ville. Stalingrad est venue ensuite prendre la place de «mère de toutes les batailles » en zone urbaine.

Les auteurs démontrent bien que, contrairement à une idée reçue, la guerre en ville ne signifie pas la fin de la manœuvre. Au contraire, l’« effet égalisateur » de ce milieu impose bien sou – vent aux armées la redécouverte de la manœuvre classique, comme les Russes en on fait l’expérience à Grozny (1995- 2000). De grands types de manœuvres offensives et défensives possibles en ville sont décrits dans deux parties du livre. Ils sont chaque fois illustrés par un exemple historique, comme le bouclage-ratissage dans la bataille d’Aix-la-Chapelle (1944).

La quatrième partie du livre est dédiée à la formation des soldats au combat dans ce milieu particulier. Ici, on sent bien l’expérience d’instructeurs des deux auteurs. Pour eux, cruciale est la question de la «micro-tactique » – par exemple comment un trinôme entre dans un bâtiment –, car in fine c’est elle qui peut mener à la victoire. Dans ce domaine, la simulation a un rôle clé à jouer. Les auteurs s’interrogent égale – ment sur la question des petits échelons de combat. Selon eux, il faudrait peut-être envisager de créer des uni – tés plus réduites que les actuels sous groupements tactiques interarmes de 160 hommes. Ils suggèrent aussi de les multiplier afin d’en rendre le commandement plus simple et d’accroître leur efficacité.

La question de la présence des civils en zone urbaine n’est pas oubliée, et occupe le cinquième chapitre. Y est abordée l’expérience de l’ex-Yougoslavie, mais surtout l’action de l’armée britannique en Irlande du Nord (1969- 2007). Nombre d’aspects des opérations actuelles en zone urbaine ont leurs racines dans le conflit nord-irlandais : formation, préparation opérationnelle spécifique, procédés tactiques de la patrouille, etc. La dernière partie de l’ouvrage dessine quelques perspectives quant aux technologies, et passe rapidement en revue des questions comme celles des robots, des transmissions, de l’effet de l’omniprésence des réseaux sur les combats, ou de la nécessité d’avoir des équipements spécifiquement conçus pour le combat urbain.

L’Ultime champ de bataille ne s’adresse pas seulement aux spécialistes. Il est une excellente introduction aux problématiques du combat en ville, offre de nombreux enseignements tirés des opérations passées, et propose de multiples pistes de réflexion pour celles d’aujourd’hui et de demain.

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A propos Rémy Hémez

Officier supérieur de l’armée de Terre. Ses propos tenus sur ce blog sont de sa seule responsabilité et n'engagent pas l'armée de Terre.
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