THE FRENCH WAR ON AL QA’IDA IN AFRICA

Cette recension est parue dans Politique Etrangère 2:2016

Christopher S. Chivvis Cambridge, Cambridge University Press, 2015, 240 pages

9781107546783

Que peut nous apporter un nouvel ouvrage sur l’opération Serval après, entre autres, le très bon opus de Jean Christophe Notin (La Guerre de la France au Mali, Tallandier, 2014) ? Christopher Chivvis, directeur associé de l’Inter – national Security and Defense Policy Center de la RAND et enseignant à l’université Johns Hopkins, nous apporte en fait un point de vue différent, celui d’un Américain pouvant lire les sources en français, et qui a mené de nombreux entretiens en France afin de pouvoir traiter le sujet.

Le livre s’ouvre sur la journée du 11 janvier 2013 et le récit d’une conversation téléphonique entre le secrétaire à la Défense américain et Jean-Yves Le Drian. Leon Panetta pense alors que ce dernier va requérir la participation des États-Unis à une intervention dans ce pays. Il n’en est rien, le ministre de la Défense souhaitant simplement informer son homologue américain –  à sa plus grande surprise  – qu’une opération a d’ores et déjà commencé au Mali. Un étonnement mâtiné d’admiration transparaît au fil des pages de l’ouvrage, sans toutefois tomber dans le panégyrique de l’action française. L’auteur se livre à une analyse froide et pesée. Selon lui, la principale raison qui pousse à étudier la stratégie française au  Mali est qu’elle a fonctionné avec « seulement» 4  500  hommes, et qu’elle a démontré que toutes les interventions militaires ne nécessitaient pas, pour réussir, des volumes de forces comparables à ceux déployés lors des guerres d’Irak et d’Afghanistan.

Chivvis ouvre son livre sur une très bonne analyse du contexte de l’intervention. Contexte français d’abord, en se posant notamment la question de savoir si la France est « le pays le plus interventionniste du monde». Contexte malien ensuite, en développant les faits qui ont conduit à la constitution d’un «Malistan» au nord du pays, et en expliquant bien le délitement du pou – voir de Bamako, le conflit touareg, les ondes de choc consécutives au conflit libyen,  etc. L’auteur décrit ensuite la stratégie française concernant le Mali d’avant janvier 2013, stratégie du « leading Africa from behind», tout en cherchant à regrouper une large coalition de pays africains pour une intervention. On le sait, cet effort de six mois s’écroule le 9  janvier  2013, lorsque les djihadistes traversent le fleuve Niger et se dirigent vers Konna. L’intervention française est alors inévitable.

L’auteur décrit ensuite synthétique – ment les opérations militaires de janvier-février 2013, avec un focus particulier sur les combats dans l’Adrar, et développe de façon intéressante la problématique de la transition entre Serval et les forces internationales, en abordant la question de la régionalisation avec l’opération Barkhane.

Les dernières pages de l’ouvrage sont les plus prenantes. L’auteur s’attache en effet à dresser un bilan de cette opération. Il pose à cette occasion de passionnantes questions quant à la mesure de l’efficacité d’une intervention militaire contemporaine : doit-on prendre en compte les moyens engagés, le nombre de vies humaines sauvées, le niveau de démocratie post-intervention, ou ce qui se serait passé si rien n’avait été fait ? Chivvis nous offre ici un très bon ouvrage de synthèse sur les opérations militaires françaises dans le Sahel, en ouvrant des pistes de réflexion plus larges sur le «modèle français d’intervention».


A propos de Serval, l’Ifri a publié en juillet 2015 une étude intitulée:

L’opération Serval à l’épreuve du doute : vrais succès, fausses leçons 

Résumé:

Le déploiement des forces françaises au Mali en janvier 2013, avec pour objectif de contrer l’offensive des groupes djihadistes du Nord Mali, ont démontré la capacité de l’Armée française à se projeter dans un très court délai, et de conduire une opération expéditionnaire à longue distance de façon autonome, en dépit des limites de ses moyens. Le succès de Serval peut être expliqué au travers de plusieurs facteurs comme la présence de forces prépositionnées, la prise de décision rapide et un tempo opérationnel élevé, mais aussi le labeur diplomatique et la qualité des relations bilatérales avec les pays africains. Ce succès ne doit cependant pas conduire à sous-évaluer les lacunes capacitaires qui ont été illustrées lors de l’opération dans les domaines du transport stratégique, de l’Intelligence, Surveillance and Reconnaissance (ISR) ainsi que de la capacité politique à régler un conflit interne dont l’issue demeure incertaine.

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About Rémy Hémez

Officier supérieur de l’armée de Terre. Ses propos tenus sur ce blog sont de sa seule responsabilité et n'engagent pas l'armée de Terre.
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