LA GUERRE PAR CEUX QUI LA FONT. STRATÉGIE ET INCERTITUDE

Cette recension est parue dans Politique Etrangère 2:2016

Benoît Durieux (dir.), Monaco, Éditions du Rocher, 2016, 368 pages

la guerre par ceux qui la font CHEM

La Guerre par ceux qui la font est un ouvrage collectif rassemblant 15 contributions d’officiers français et étrangers du Centre des hautes études militaires (CHEM) en trois grandes parties : le temps de l’incertitude, le temps de la sagesse stratégique et le temps des opérations militaires globales. Les chapitres abordent des thématiques variées et toutes intéressantes : asymétrie, surprise stratégique, contre insurrection, mais aussi enjeux stratégiques en Arctique ou concept de guerre ouverte. On se contentera ici d’en évoquer trois parmi ceux qui retiennent le plus l’attention.

Le colonel Jacques Langlade de Montgros s’intéresse à la surprise stratégique sous l’angle de la «dialectique des émotions et des représentations ». Il rappelle fort à propos que la surprise est certaine et qu’elle fait partie de la logique des adversaires, chacun cherchant à surprendre l’autre par le jeu d’une prise de risque plus ou moins importante. Les progrès technologiques pourraient nous laisser penser la transparence du champ de bataille comme accessible. Pourtant, ils ne résolvent pas deux difficultés principales : notre capacité à identifier les signaux faibles, et la dimension psychologique que revêt toute analyse d’une information. Puisque la surprise ne peut être évitée, il faut l’accepter et s’y préparer, d’où l’importance de la résilience.

Le colonel Philippe  Pottier propose quant à lui une très intéressante analogie entre le «foquisme» et la stratégie d’Al-Qaïda en faisant l’exégèse des textes de Che  Guevara, Régis  Debray, Ben Laden et Abdallah Azzam. Il souligne deux importantes similitudes. D’abord, leur «inversion du processus révolutionnaire » : on ne cherche pas à mobiliser les masses avant de passer à l’action armée, estimant que c’est la violence qui permettra cette mobilisation. Ensuite, le caractère transnational qu’on souhaite donner à la révolution. Par ailleurs, pour l’auteur, Al-Qaïda a fait «évoluer» le «foquisme» en plaçant les médias au cœur de sa stratégie, en ne limitant pas les actions terroristes à une logique militaire, et en promouvant le martyre. De cette comparaison, le colonel Pottier tire des leçons quant à la définition d’une stratégie : contenir la menace et discréditer l’alternative proposée.

Le capitaine de vaisseau Christophe Lucas revient pour sa part sur les ressemblances entre le combat naval et la guerre dans le désert. Après avoir rappelé les parentés entre les deux milieux, il souligne que la stratégie navale peut être une source d’inspiration pour les opérations en milieu désertique. En effet, dans les deux cas, l’absence de front favorise notamment la manœuvre, la surprise et l’action dans la profondeur. Inversement, les enseignements du combat en milieu désertique peuvent être utiles au combat naval, qui pourrait s’inspirer des tactiques de contre-rezzous et du swarming – manière de renouveler la pensée de la «Jeune école». En termes capacitaires, cette option impliquerait le développement et l’acquisition de bâtiments polyvalents et nombreux.

Au bilan, cet ouvrage collectif est très intéressant, varié, et soulève de nombreuses pistes de réflexion. On saluera comme il convient l’initiative de cette publication, tant les armées sont riches de multiples travaux de réflexions de qualité dont trop peu sont publiés.

Share

About Rémy Hémez

Officier supérieur de l’armée de Terre. Ses propos tenus sur ce blog sont de sa seule responsabilité et n'engagent pas l'armée de Terre.
This entry was posted in Lu, vu, attendu and tagged , , , , , , , , , , . Bookmark the permalink.

2 Responses to LA GUERRE PAR CEUX QUI LA FONT. STRATÉGIE ET INCERTITUDE

  1. Pingback: LA GUERRE PAR CEUX QUI LA FONT. STRATÉGI...

  2. Pingback: Une année de lectures - Ultima RatioUltima Ratio

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *