Les nouvelles technologies en appui de la manœuvre de l’infanterie

Ce post poursuit une série consacrée à l’étude des relations entre le combat terrestre et les technologies d’aujourd’hui qui a notamment pour objectif d’interroger la pertinence de nos organisations et de nos schémas tactiques et capacitaires actuels au regard des avancées technologiques.

Par la Division des Etudes et de la Prospective (DEP) Infanterie

Infanterie

Arme des 300 derniers mètres, drugstore l’infanterie est le symbole de l’engagement guerrier par excellence. Au fil des siècles, mind les évolutions technologiques ont considérablement amélioré les capacités du fantassin, sales tant d’un point de vue technique (perfectionnement des capacités d’observation, d’agression, de communication, et autres) que d’un point de vue tactique (différenciation des unités d’infanterie notamment). Pourtant, dans son ouvrage La guerre 14-18 racontée par un allemand, Werner Beumelberg relativisait déjà l’impact des technologies sur le combat :

« Le soldat, c’est maintenant une somme d’expérience et d’instincts, un spécialiste du champ de bataille : il connaît tout : son oreille contrôle instinctivement tous les bruits, son nez toutes les odeurs, celle du chlore, des gaz, de la poudre, du cadavre et toutes les nuances qui les séparent. Il sait tirer avec les mitrailleuses lourde et légère, avec le minen [mortier], le lance-grenades, sans parler de la grenade à main et du fusil qui sont son pain quotidien. Il connaît la guerre des mines, toute la gamme des obus, du 75 au 420, le tir tendu et le tir courbe, et saura bientôt comment se tirer d’affaire avec les chars ».

Cette citation laisse entendre que dans le combat de l’infanterie, aucun avantage technologique n’est vraiment définitif puisque le combattant s’adapte en développant des mécanismes de combat. Aujourd’hui comme hier, l’homme demeure le véritable système d’armes de l’infanterie et l’on voit difficilement comment ce constat pourrait être remis en cause à l’avenir. Comme par le passé, les technologies futures viendront en appui de la manœuvre de l’infanterie qui évoluera naturellement en fonction des nouvelles capacités qui lui seront offertes.

Il convient avant toute chose de rappeler les caractéristiques principales de l’infanterie afin de comprendre la logique dans laquelle doit s’inscrire l’intégration de nouvelles technologies au profit du combat débarqué. L’infanterie est l’arme du contrôle continu du terrain, apte d’emblée à combattre dans tous types de milieux. Son action s’inscrit dans la durée et souvent au contact des populations. Ces caractéristiques imposent de facto certaines limitations dans chacune des études prospectives :

  • Le contrôle continu du terrain dans la durée impose à l’infanterie d’être résiliente. Par conséquent, elle doit disposer de matériels dont les caractéristiques techniques, notamment en termes d’autonomie énergétique, ne sauraient être trop contraignantes. Depuis une dizaine d’années et le durcissement des engagements qui impose le port permanent de protections balistiques a grevé la mobilité du combattant débarqué : l’axe d’effort de l’infanterie est aujourd’hui la quête d’allègement du combattant afin de lui rendre sa mobilité sur le champ de bataille. Plus que jamais, le juste compromis entre l’épée et la cuirasse est au cœur des études actuelles. Il convient dès lors de développer des systèmes dont les plus-values escomptées ne seraient pas contrebalancées par des contraintes supplémentaires en termes de poids, ce qui pourrait conduire à un rejet du système par les utilisateurs. A ce titre, comme ses homologues des nations alliées, l’infanterie française suit avec attention les progrès technologiques réalisés dans le domaine des exo comme des dermo-squelettes[1].
  • L’infanterie agissant au contact des populations, ne peut pas se muer en une force robotisée. L’image diffusée par la force pèse lourdement sur la perception des populations – qui se trouve aujourd’hui au centre de gravité de nombreux conflits. Engagées depuis de nombreuses années dans des opérations de stabilisation, les forces armées ont en effet constaté à quel point un changement de posture (arme dans le dos ou arme en position patrouille), un changement de silhouette (port ou non du casque, des moyens de protection balistique, des équipements de contrôle de foule) peut traduire une gradation dans l’emploi de la force. Il suffit pour s’en convaincre de se projeter sur le territoire national dans le cadre de l’opération Sentinelle. En temps normal, les soldats patrouillent en portant leur béret. Il suffit que ceux-ci le remplacent par le casque pour que l’on comprenne que la situation sécuritaire a changé et qu’il pourrait potentiellement se produire quelque chose. Aussi, une robotisation ostensible du combat débarqué pose la question stratégique de l’impact global de l’image d’une force qui pourrait apparaître comme « déshumanisée ».
  • L’infanterie est en permanence apte à combattre d’emblée dans tous types de milieux. Contrairement à d’autres fonctions opérationnelles qui différencient leur personnel, l’infanterie cherche au contraire à cultiver sa polyvalence. Bien que certaines unités soient spécialisées par milieu (troupes aéroportées, amphibie ou de montagne) et disposent de véhicules de combat différents, toutes les unités d’infanterie disposent de la même structure, des mêmes moyens individuels et de la même doctrine. C’est justement cette unicité de l’infanterie qui lui permet d’honorer son contrat opérationnel dans la durée et de répondre dans l’urgence aux impératifs opérationnels (déclenchement de l’opération Serval, renforcement du dispositif Sentinelle suite aux attentats de novembre 2015). Partant de ce principe, l’intégration des nouvelles technologies au sein de l’infanterie vise à répondre en priorité à un besoin partagé par l’ensemble des unités d’infanterie. Pour autant, cette logique n’est pas exclusive des nécessités de spécialisation que peuvent faire valoir certaines d’entre elles.

Une fois ces caractéristiques précisées, il convient d’aborder à présent une approche aux différentes échelles tactiques (fantassin individuel, groupe de combat, section et compagnie) afin d’exposer les différents attendus concernant les nouvelles technologies.

Au niveau du fantassin, les nouvelles technologies se traduisent principalement par un allègement de ses équipements de combat. L’arrivée du système de combat FELIN[2] dans l’infanterie en 2010 a permis un bond technologique considérable. Ainsi équipé, le fantassin a vu ses capacités d’observation et d’agression considérablement augmenter, notamment de nuit. Toutefois, l’ergonomie initiale et l’accroissement de l’empreinte logistique ont conduit à une réflexion de fond sur le système afin de permettre son amélioration. Soucieux du poids que peut représenter le système dans sa configuration complète, les études conduites visent notamment à améliorer le système de protection balistique (déploiement du SMBE[3] à compter de 2016) et à réduire l’encombrement du système de communication. Par ailleurs, même si les progrès technologiques actuels en termes de miniaturisation, devraient permettre de réduire l’encombrement et le poids des futurs matériels en dotation, il faut garder à l’esprit que le fantassin devra, quoi qu’il en soit, transporter ses équipements. Aussi, les recherches menées actuellement par l’IRBA[4] concernant les exo et dermo-squelettes pourraient aboutir à l’avenir au développement et à la mise en service de ces systèmes au sein des armées et de l’infanterie. Dans un registre similaire mais avec une approche différente, la DGA[5] suit avec attention les progrès réalisés dans le domaine des robots-mules qui pourraient emporter tout ou partie de l’équipement d’un groupe de combat.

Concernant le niveau des groupes de combat, les apports escomptés relèvent principalement de l’acquisition du renseignement. L’infanterie cherche donc à leur fournir des systèmes susceptibles d’accroître les capacités de détection, de surveillance et d’acquisition du renseignement. Les études conduites jusqu’à présent se sont orientées autour de deux vecteurs : le robot terrestre et le drone. Concernant le robot, l’infanterie souhaiterait disposer d’un système suffisamment léger pour être porté par un seul combattant et dont la simplicité de mise en œuvre ne nécessiterait pas de spécialiser l’opérateur. L’emploi d’un tel robot en zone urbaine (où le besoin de « voir de l’autre côté du mur » est particulièrement prégnant) pourrait offrir un véritable avantage tactique. Concernant le drone, l’infanterie a suivi avec beaucoup d’intérêt les retours d’expérience britanniques sur l’emploi du micro-drone Black Hornet. Ce type de système paraît très prometteur aux vues de son faible encombrement (moins de 1 kg pour deux drones et son poste de contrôle), de sa facilité de mise en œuvre et de ses performances (portée de 1000 m pour une autonomie de 30 min). Cependant, dans le domaine des drones, l’infanterie est consciente qu’elle pourrait rapidement être confrontée à des enjeux de déconfliction de l’espace aérien. Aussi, elle focalise ses études sur des vecteurs agissant en dessous des 50 m sol.

Comme pour le groupe, la section de combat a un besoin très fort en acquisition du renseignement et, dans ce domaine, les études s’orientent également autour de vecteurs terrestres et aériens. Toutefois les systèmes étudiés, plus lourds et moins nombreux, pourraient être assujettis aux véhicules de combat afin de ne pas nuire aux capacités de manœuvre des groupes débarqués. En revanche, les technologies actuelles laissent entrevoir de nouvelles capacités dans le domaine de l’emploi de l’armement débarqué et dans celui de l’infovalorisation. S’appuyant sur les briques technologiques apportées par les robots-mules, l’école de l’Infanterie étudie le développement de systèmes d’armes autoportés disposant d’une autonomie de mouvement. Dans le cadre du programme Scorpion, l’infanterie envisage la possibilité, à terme, de doter ses sections de combat de robots terrestres équipés de systèmes d’armes télé-opérés. Ces robots devraient être capables de se déplacer, avec une certaine autonomie, en coordination et au rythme de la troupe débarquée. Néanmoins, la mise en œuvre du système d’armes resterait soumise à l’intervention d’un opérateur, l’emploi d’armement totalement automatisé étant exclue. Dans le domaine de la numérisation de l’espace de bataille (NEB)[6], l’intégration du niveau section a connu une première étape avec l’arrivée du système FELIN. Une autre étape a été franchie en parallèle avec le développement, via la Mission innovation participative, du projet Auxylium, qui propose une voie novatrice dans l’intégration de technologies civiles aux systèmes de communication tactique. Mais c’est l’arrivée prochaine de SICS[7] qui constitue une étape clé dans la numérisation de ses unités de combat débarquées avec la perspective d’intégrer au moins jusqu’au niveau 7[8] le combat débarqué dans la bulle infovalorisée.

Enfin, au niveau de la compagnie de combat, les perspectives sont principalement de tirer des bénéfices de l’infovalorisation sur les plans tactiques et logistiques. A l’heure actuelle, la NEB au sein d’un GTIA[9] s’apparente davantage à un empilement de systèmes numérisés communiquant pas ou peu entre eux. Souvent, l’interopérabilité des systèmes n’est rendue possible que par la patience et la persévérance de l’opérateur. Ce constat est particulièrement vrai au niveau du commandant d’unité qui recueille sur son terminal SIR des informations issues de  SIT / SITEL / SITCOMDE. A l’avenir, le déploiement de SICS devrait permettre aux unités du niveau 4 au niveau 7 d’utiliser le même système pour communiquer et transmettre des ordres. Le SICS devrait nativement disposer d’un système de Blue force tracking permettant le suivi en temps réel des positions des unités amies au moins jusqu’au niveau du groupe, et idéalement jusqu’à celui du combattant individuel, facilitant ainsi la compréhension de la manœuvre par tous et réduisant de facto le recours à la phonie sur les réseaux de combat. Enfin, la capacité offerte par SICS de changer très facilement de réseaux de communications laisse envisager des possibilités de réarticulation en cours d’action qui demeurent jusqu’à présent impossibles. Enfin, la technologie a aussi un impact sur les flux logistiques : outre le suivi en temps réel des potentiels, les études portent sur la mise en œuvre de robots-mules destinés d’une part aux ravitaillements des unités engagées au contact de l’ennemi, mais aussi à l’évacuation de blessés depuis la zone des combats jusqu’au poste de santé mobile de l’unité élémentaire.

Loin de révolutionner le combat débarqué, les nouvelles technologies s’inscrivent donc dans le respect pragmatique des principales caractéristiques de l’infanterie – celles-là mêmes qui font sa force et son utilité sur le champ de bataille. Par conséquent les nouvelles technologies ne sont pas tant transformer le combat des unités de mêlée qu’accroître leur synergie et faciliter ainsi la prise de l’ascendant sur l’adversaire, principal facteur de succès. Quelles que soient les plus-values apportées par ces nouvelles technologies, le fantassin conservera encore longtemps sa place au cœur des combats, car lui seul est à même de garantir la maîtrise de la violence par le discernement d’un sens moral et d’une part d’humanité.


La DEP Infanterie est l’organisme en charge des études doctrinales, de la prospective, de l’expertise des fonctions opérationnelles et du pilotage des domaines de spécialité au sein de l’école d’infanterie


[1] Exo-squelettes : structure robotisée disposée au-dessus des équipements de combat. Dermo-squelette : structure robotisée disposée au contact de la peau sous les équipements de combat

[2] Fantassin à équipements et liaisons intégrées

[3] Système modulaire balistique et électronique

[4] Institut de recherche biomécanique des Armées

[5] Délégation générale pour l’armement

[6] Numérisation de l’espace de bataille

[7] Système d’information et de communication SCORPION

[8] Niveau du groupe de combat

[9] Groupement tactique interarmes

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