J-20: le grand bond en avant pour l’armée de l’air chinoise ?

Après ceux consacrés au X-2 japonais et au KF-X sud-coréen, ce post conclut une série consacrée aux projets de développement de chasseurs de dernière génération en Asie du Nord-Est.

Par Eric Vincent Grillon.

J-20

Le contexte 

Le 17 février dernier, une dépêche du site officiel chinois « people.cn » signalait que des aéronefs non identifiés avaient pénétré dans la « zone de défense et d’identification aérienne de la Mer de Chine de l’Est », établie par Pékin unilatéralement au mois de novembre 2013. Il était précisé que les intrus étaient vraisemblablement des Lockheed Martin F-22 Raptor, avions de combats furtifs de l’US Air Force (USAF) basés au Japon. Parallèlement et comme en écho, en pleine modernisation structurelle de l’Armée Populaire de Libération (APL), les médias chinois diffusaient de nombreux reportages annonçant la prochaine entrée en production d’une présérie test de l’avion de combat de 5e génération Chengdu J-20.

Un développement rapide

Dès l’année 2009, le General He Weirong, alors commandant en chef adjoint de l’armée de l’air (PLAAF) annonçait que le J-20 serait opérationnel dans la période 2017-2019. Dans les faits, cinq années seulement se sont écoulées depuis le premier vol du prototype du J-20, le 11 janvier 2011 (prototype numéroté 2001), au moment même ou l’ex-secrétaire d’Etat américain à la Défense, Robert Gates, était reçu dans la capitale chinoise. Les travaux de recherche et de développement se sont poursuivis tout au long des années 2011 à 2016 sur un échantillon d’une douzaine d’appareils. Enfin, au mois de janvier dernier, des experts chinois annonçaient dans les relais médiatiques du Parti Communiste Chinois (PCC) que les prototypes n° 2101 et n° 2102 constituaient la base d’une mise en production initiale (Xiao Piliang Shengchan) du J-20. Le site américain Aviation International News précisait au mois de février que les livraisons dans les escadrilles pourraient débuter en 2017, que la capacité opérationnelle initiale devrait être déclarée en 2019 et que l’APL envisageait à terme de s’équiper de 500 à 700 exemplaires du chasseur.

Sur le plateau de la chaine nationale chinoise CCTV, il était en outre précisé qu’avec la production de cette présérie d’appareils allait s’ouvrir une phase de travail finale, d’une durée évaluée à 2 ans, afin de procéder à des tests opérationnels au sein d’unités notamment pour intégrer progressivement le système d’arme (qui reste pour l’instant à déterminer). Les analystes chinois affirment que le J-20 connaîtra in fine un développement bien plus rapide que l’avion polyvalent Lockheed Martin F-35 Lightning II du fait du choix de construire de nombreux prototypes modifiés au fur et à mesure des résultats des essais en vol. Ils ajoutent qu’avec cet appareil, la Chine deviendra la deuxième nation à disposer d’un avion de 5e génération, après les Etats-Unis mais devant la Russie dont le programme d’avion furtif Sukhoï T-50 fait actuellement face à des difficultés[1].

Cependant, à ce stade, les informations relatives à la technologie et aux performances du futur fleuron de l’APL demeurent encore vagues et les sources d’informations sont principalement d’origines officielles (et reprises en boucle dans les magazines spécialisés).

J-20

Des informations techniques parcellaires

Dès ses premières apparitions sur des clichés pris en 2010, le J-20 a fait l’objet des commentaires suspicieux d’observateurs internationaux surpris de voir la Chine parvenir à un tel niveau technologique. Certains évoquent la possible remise par les Serbes d’éléments de la cellule d’un Lockheed Martin F-117 de l’USAF abattu lors de la guerre du Kosovo en 1999. D’autres pointent la parenté de forme (ailes delta et ailerons canard) avec le prototype russe Mig 1.44, abandonné au profit du projet Sukhoï T-50 actuellement en cours de développement. Enfin, la similitude du cockpit de l’avion chinois avec celui du F-22, mis en service dans l’USAF à partir de 2003, est également soulignée dans de nombreux sites spécialisés.

Concrètement, le J-20 a été développé par la Chengdu Aircraft Industrial Corporation ltd (branche du consortium aéronautique d’Etat AVIC) avec l’appui de sa division de design aéronautique, l’institut 611. L’incertitude demeure encore sur le moteur qui sera en fin de compte monté sur les appareils dans la phase de production. Les problèmes rencontrés par les motoristes locaux[2] ont souvent contraint l’industrie aéronautique chinoise à se tourner vers la technologie russe. Ainsi, la plupart des prototypes de J-20 ont été équipés de moteurs AL 31 de la société russe NPO Saturn, équipant déjà la famille d’appareils de type Sukhoï Su-27, mais aussi le Chengdu J-10. Cependant, l’objectif est à terme de livrer le J-20 avec le moteur WS-15, actuellement mis au point par la firme nationale chinoise, Xi’an Aero Engine Ltd (consortium AVIC). Le J-20 pourrait en outre disposer d’un radar à antenne à balayage électronique actif (AESA) développé par le 14e institut d’électronique de Nankin (Nanjing Institute of Electronic Technology).

Enfin, concernant la capacité d’emport, le J-20 est doté d’un compartiment ventral avec 4 points d’encrages pour des missiles à moyenne ou longue portée. Il dispose en outre de deux compartiments latéraux à rampes rétractables pouvant loger des missiles air-air à courte portée. Le missile air-air longue portée à guidage radar actif PL-15 développé par l’institut 607 (alias China Leihua Electronic Technology Research Institute) pourrait constituer l’armement principal de l’appareil dans le cadre de ses missions de supériorité aérienne (ce missile se veut être un équivalent de l’AIM 120 AMRAAM produit par la société américaine Raytheon). 

J-20

Perspectives

Déclinant la version militaire du “rêve chinois/rêve d’une armée forte” (“Zhongguo Meng, Qiangjun Meng”)[3], le président Xi Jinping, également à la tête de la Commission Militaire Centrale, a fixé un cap clair : le programme de modernisation de l’APL lancé au mois  de janvier 2016 doit être finalisé pour l’été 2021, à temps pour les commémorations en grande pompe du centenaire de la création du PCC (et la fin de la mandature de Xi Jinping sur la période 2022/2023). Les unités aériennes équipées de J-20 pourraient alors figurer parmi les attractions d’un défilé aérien comme symbole de la véritable entrée de l’APL dans le 21e siècle. En cas de réussite de ce programme, le J-20 sera présenté par le Parti comme un témoignage de sa capacité à développer en autonomie totale des programmes d’armement à haute valeur stratégique. Cela saperait du même coup le faible rempart mis en place en 1989 par les puissances occidentales sous la forme d’un embargo sur les livraisons de technologies militaires à la Chine.

Enfin, du point de vue stratégique, cet avion de combat pourrait constituer à terme un atout supplémentaire dans le cadre de la stratégie de déni d’accès (A2AD) que la Chine développe actuellement. Il menacera non seulement les avions des groupes aéronavals américains mais aussi les appareils décollant des bases taïwanaises, sud-coréennes et japonaises.

[1] Pourtant la Russie a annoncé en décembre dernier la fin des essais en vol du T-50, sa mise en service pouvant intervenir entre 2017 et 2020. http://www.avionslegendaires.net/2015/12/actu/fin-essais-vol-sukhoi-t-50-russe/

[2] Confronté à l’échec de ses motoristes, le gouvernement chinois a décidé au mois de janvier 2016 de la création d’une nouvelle entité, la “China Aircraft Engine Group” afin de mutualiser l’ensemble des ressources nationales et de permettre à l’industrie chinoise de fabriquer rapidement des moteurs d’avions civils et militaires indigènes.

[3] Il s’agit de conjuguer la remise à niveau de l’APL – au travers du programme de modernisation 2016-2020 lancé au mois de janvier- avec l’exaltation du patriotisme/nationalisme chinois par des actions de prestige (programme spatiale) et des démonstrations de  souveraineté (consolidation des positions chinoises en Mer de Chine du Sud).

Eric Vincent Grillon est consultant et chef de projet Asie du Nord-Est chez AESMA Group. Ancien officier au ministère français de la Défense, il y a été pendant vingt ans (dont huit sur le terrain) analyste sénior spécialisé en géopolitique de l’Asie orientale (Chine, Taiwan).

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2 Responses to J-20: le grand bond en avant pour l’armée de l’air chinoise ?

  1. ADELAIDE Francki says:

    passionnant!!!!

    [Reply]

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