Retours sur la réassurance

La sortie de notre dernier Focus Stratégique Forces terrestres et réassurance: quelles options pour l’Alliance? est pour nous l’occasion de revenir sur des papiers publiés par le Centre des études de sécurité de l’Ifri sur ce sujet qui nous tient à cœur: la réassurance.

Soldats britanniques lors de l'exercice Black Eagle en Pologne en 2014.

Soldats britanniques lors de l’exercice Black Eagle en Pologne en 2014.

Etienne de Durand et Vivien Pertusot sur Ultima Ratio.

En mars 2014, au cœur de la crise ukrainienne, Etienne de Durand a écrit une série de quatre posts sur ce concept qui, selon lui, “désigne l’ensemble des mesures politiques et militaires que les grands pays de l’OTAN doivent prendre pour « rassurer » les Alliés d’Europe centrale et nordique par rapport à d’éventuelles menaces contre leur territoire et face à la Russie en particulier.”

Dans son premier post, il cherche d’abord à analyser une notion qui refait surface avec le “retour” de l’usage de la force entre grandes puissances.   Il en tire deux conclusions:

1. la réassurance repose sur la dissuasion et les capacités de défense collective mais ne s’y résume pas et incorpore toute une dimension politique ; si elles sont correctement pensées et mises en place, les mesures de réassurance rendent inutile l’activation des premières en temps de crise.

2. (dans le contexte de l’annexion de la Crimée) la mise en œuvre des articles 4 et 5 du traité de Washington est à nouveau d’actualité, mais ne va pas de soi dans le contexte d’une menace ambiguë et ressentie de façon très différente en fonction des pays membres. La France est concernée par des hypothèses d’affrontement inter-étatique, et triplement : comme membre fondateur et « grande » puissance au sein de l’Alliance ; idem au sein de l’UE depuis le traité de Lisbonne (article 42, alinéa 7) ; enfin, et par-delà l’OTAN, auprès de ses alliés du golfe Persique, où nous avons désormais une base. Non, décidément, l’avenir de la guerre n’est pas qu’en Afrique.

Dans son deuxième post, Etienne de Durand se focalise sur la notion de réassurance et ce que cela siginife dans le cadre de la crise ukrainienne. Il y souligne notamment le fait que:  “La réassurance implique d’abord, en toile de fond, un volet nucléaire : on ne veut plus en parler en Europe, c’est pourtant indispensable. En cas de crise aiguë, le problème touche bien à la dimension nucléaire et en particulier à la dissuasion élargie. En réalité, le conventionnel et le nucléaire se garantissent, donc se renforcent ou à l’inverse s’affaiblissent mutuellement : pas “d’ombre portée” du nucléaire qui soit crédible “hors sol” sans engagement classique significatif, mais aussi pas d’engagement d’un corps de bataille somme toute très réduit et vulnérable face à une puissance nucléaire comme la Russie en l’absence de dissuasion.”

Dans son troisième post, il insiste sur le fait que la réassurance, ce n’est pas seulement pour les Américains mais que les Européens en général et la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne en particulier, doivent jouer leur rôle.

Enfin, dans un quatrième post, Etienne de Durand cherche à tirer des conclusions sur les plans stratégiques et capacitaires. Dans ces domaines, l’expérience de la Guerre froide peut nous être utile. Il est aussi nécessaire de s’interroger sur l’état de nos capacités indispensables pour mener un combat symétrique. Dans ce cadre, il n’est d’ailleurs peut-être pas inutile de relire notre Focus Stratégique n°53 Les chars, un héritage intempestif ? par Antoine d’Evry.

Vivien Pertusot, quant à lui, revenait en septembre 2014 sur les débat autour de la possibilité d’une présence permanente de forces de l’OTAN en Europe de l’est. En rappelant que les pays qui composent cette région “estiment que les installations de l’OTAN ne reflètent pas la diversité géographique des membres d’aujourd’hui et qu’une présence permanente enverrait un signal dissuasif fort à la Russie.”

Planification de défense européenne et crise ukrainienne.

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En juin 2015, le programme RESET de l’Ifri  publiait le numéro 58 de la série Focus stratégiqueEuropean Defense Planning and the Ukraine Crisis: Two Contrasting Views par Magnus Petersson et Andres Vosman. A l’aune de la crise ukrainienne, les auteurs y insistent sur la nécessité pour l’Europe de reconnaître la réalité d’un nouvel environnement stratégique et s’y adapter. Ces développements impliquent notamment de repenser la posture expéditionnaire adoptée par l’OTAN au cours des vingt dernières années, et de réévaluer le besoin de défense collective et de réassurance. Les deux textes présentés ici, répondent, sous différents angles, à cette question. D’une part, une analyse fondée sur l’expérience estonienne en tant qu’État en première ligne face à une Russie agressive, encourageant un retour à la dissuasion par des forces conventionnelles. D’autre part, une approche plus organisationnelle est présentée à travers le concept de « génération de force conjointe », proposant de conserver les structures de forces tout en mettant en commun les moyens logistiques.

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