La Défense, danseuse de la République ?

La Commission Européenne pointe encore du doigt le manque de rigueur budgétaire de la France, en dépit du projet de loi de finances rectificatif de novembre 2014 pour l’année 2015. On doit donc s’attendre à un tour de vis supplémentaire en matière de dépenses de l’Etat, et l’on voit mal alors Bercy ne pas succomber à la tentation de tailler dans le portefeuille « sanctuarisé » du ministère de la Défense. Malgré les engagements du Président de la République et la guerre de position menée par le ministre de la Défense, on prétendra justifié que chaque ministère contribue à l’effort national etc.

Si la Défense est le 3ème poste identifié comme tel – mais loin derrière la dotation aux collectivités locales ou celle aux agences de l’Etat – après le remboursement de la dette et l’éducation nationale, ce ministère a enchainé les réformes avec un véritable stoïcisme depuis deux décennies. Il est le seul à avoir vu ses effectifs fondre de près d’un quart en 10 ans. Sur la période 2014-2015, il supporte à lui seul plus de 60% des suppressions de postes de la fonction publique.

Premier paradoxe : alors que la Défense s’est engagée en 2013 à réduire encore ses effectifs de 23 500 hommes et femmes d’ici 2019, les effectifs totaux de la fonction publique continuent de croître, essentiellement au niveau territorial !

Deuxième paradoxe : depuis la disparition du bloc soviétique, les armées françaises ont rarement été autant employées qu’aujourd’hui. Avec des moyens de plus en plus comptés, elles semblent  avoir atteint les limites de leurs capacités, en dépit d’un net réajustement à la baisse des contrats opérationnels : de 30 à 15 000 pour une opération majeure et de 10 à 7 000 en « tournante ». Ainsi, depuis octobre 2014, l’armée de Terre engage « au quotidien près de 22 000 soldats et plus de 3 000 matériels majeurs qui sont placés tous les quatre mois en posture opérationnelle » (soit presque 66 000 soldats projetés par an), que ce soit en prépositionnement outre-mer et à l’étranger ou en opérations extérieures. Le 9 décembre 2014, le CEMM indiquait que la Flotte était « actuellement en dépassement de son contrat opérationnel » pourtant fixé par le dernier Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale (LBDSN) d’avril 2013, vingt mois seulement plus tôt. Le lendemain le CEMAA ne disait pas autre chose : « les aviateurs français ont atteint les limites des capacités d’engagement opérationnel qui leur ont été fixées par la loi de programmation militaire pour les opérations extérieures ».

Dernier paradoxe : la situation internationale dégradée que l’on constate au Sud comme à l’Est, et la volonté de la France de ne pas se recroqueviller sur le limes mais bien de mener une défense de l’avant, articulée sur des interventions certes légères mais nombreuses, exigeantes et qui ont tendance à durer, ont à l’évidence un coût, mais qui demeure modique. On peut déplorer ces choix de politique étrangère, mais l’argument purement comptable ne saurait convaincre : sur 1151 milliards d’€ de dépenses publiques, le budget de la Défense (31.5 milliards d’€, hors pensions) représente finalement bien peu : 2,7 % du total ou encore 1.54% du PIB.

Pour des armées à l’efficacité reconnue, qui assurent la protection du territoire national, la défense de nos intérêts extérieurs comme la protection de nos ressortissants à l’étranger, et qui luttent sur des théâtres extérieurs contre les menaces émergentes ou avérées, ce niveau de dépense paraît  (litote ou antiphrase ?) « juste insuffisant ».

Avec 5,4 millions de fonctionnaires et 34 milliards d’euros de subventions, d’autres pistes d’optimisation budgétaire doivent bien exister, non ?

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2 Responses to La Défense, danseuse de la République ?

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  2. Certes, la Commission Européenne pointe du doigt les errements budgétaires de notre pays, mais cette institution devrait prendre en compte, pour une meilleure sincérité comptable et relationnelle, que notre pays est le seul à assurer la défense d’intérêts qui dépassent largement les intérêts proprement français à l’étranger, et donc nécessitent des moyens en hommes, en matériel mais aussi en BUDGET. Car il me semble qu’actuellement, l’Europe de la Défense reste au stade des balbutiements, et que l’armée française reste le principal outil armé européen projeté sur de nombreuses opérations extérieures. Ce qui a été fait au niveau de la police n’a pas été suivi en matière de défense européenne. Donc le minimum à attendre des institutions non représentatives comme représentatives de l’Europe est qu’elles prennent en compte ce fait.
    Merci pour cet article intéressant.

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