Of Men and War : stress post-traumatique et vétérans américains

Le « PTSD », ou « syndrome de stress post-traumatique », bouleverse la vie d’un grand nombre de vétérans des récentes guerres d’Irak et d’Afghanistan. Selon le Département des Anciens Combattants des Etats-Unis, ce syndrome afflige entre 11 et 20 % des soldats ayant été impliqués dans les opérations Iraqi Freedom (OIF) et Enduring Freedom (OEF). Alors que le gouvernement américain a mis en place des bourses d’études accordées aux anciens combattants et autres formes d’aides pour leur permettre de reprendre une vie normale, beaucoup d’entre eux peinent à tourner la page sur leurs expériences du champ de bataille.

Le nouveau film de Laurent Bécue-Renard, Of Men and War (Des hommes et de la guerre), qui sort en salle aujourd’hui, propose une excellente immersion dans le quotidien d’anciens soldats souffrant de blessures psychiques provoquées par la guerre. Sur un thème proche, certains se souviendront certainement du téléfilm de la BBC Warriors, qui dépeignait les traumatismes subis par de jeunes casques bleus anglais déployés en Bosnie en 1993. Le long métrage de Laurent Bécue-Renard  constitue le deuxième volet de la trilogie intitulée Une généalogie de la colère. Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2014 dans la catégorie « Séance Spéciale », le documentaire suit le quotidien d’une douzaine de soldats américains a priori rentrés sains et saufs du front, mais dont la vie est hantée par leurs traumatismes de guerre.

Le film a été tourné principalement dans un centre de prise en charge pour vétérans, The Pathway Home, fondé par le psychiatre militaire Fred Gusman, lui-même vétéran de la guerre du Vietnam. Laurent Bécue-Renard a vécu un an avec les résidents du centre, d’abord en immersion pendant cinq mois, sans caméra. Grâce à la relation de confiance qu’il a établie avec les douze soldats, le réalisateur a ainsi pu commencer à filmer leur quotidien, notamment leurs séances de thérapie de groupe, qui constituent le cœur du film.

Of Men and War plonge le spectateur dans les expériences traumatisantes que ces douze hommes ont vécues sur le front – la mort d’un camarade, le moment où il fallait le placer dans une housse mortuaire malgré la rigidité cadavérique, le meurtre accidentel d’un enfant… Celles-ci sont à l’origine de cauchemars, d’insomnies et de crises d’angoisse. Cependant, à travers la thérapie, les patients du Pathway Home parviennent à faciliter leur transition à la vie civile. Leurs traumatismes ne pourront disparaître, mais en formulant pour la première fois ce qu’ils ont fait, subi et vu, ces vétérans laissent la place à la reconstruction.

Le long métrage de Laurent Bécue-Renard dévoile une des faces de la réalité de l’après-guerre pour des millions d’anciens combattants. Grâce à la sincérité des propos tenus par les douze résidents du Pathway Home, il permet de comprendre la colère et l’anxiété que ressentent de nombreux vétérans des guerres d’Irak et d’Afghanistan. Les conséquences du « syndrome de stress post-traumatique » dans les armées font l’objet d’un important traitement médiatique aux Etats-Unis, et pour cause, le pays compte 2,6 millions d’américains ayant combattu. En France, le thème a reçu moins d’attention dans les grands médias : si ses interventions militaires ont été nombreuses, le pays ne s’est pas impliqué aussi massivement dans des opérations de guerre aussi longues et intenses qu’OEF/OIF. En 2013, près de 450 militaires français étaient en traitement pour leurs blessures psychiques. Le phénomène n’est donc nullement négligeable, et l’intense activité opérationnelle des forces françaises au cours des dernières années devrait nous inciter à ne pas le perdre de vue. Il faut donc espérer que le film de Laurent Bécue-Renard connaisse un grand succès dans les salles de cinéma françaises, afin que le grand public comprenne le quotidien d’un vétéran souffrant de blessures psychiques.

Sur la question du stress post-traumatique dans les armées françaises suite aux déploiements en Afghanistan et de son traitement par le Service de Santé des Armées, le lecteur peut se reporter au Focus stratégique d’Aline Leboeuf, Soutien santé: le défi afghan, paru en 2010.

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