Faut-il conserver des chars lourds aujourd’hui ?

carte-MBT-513x500A l’occasion de la parution du Focus stratégique du CBA Antoine d’Evry, chercheur détaché au LRD, Guillaume Belan a interrogé ce dernier l’utilité contemporaine et à venir des chars lourds. L’entretien est paru sur son blog FOB – Forces Opérations Blog.

La France n’a pas déployé de chars lourds sur les récents théâtres d’opérations. Le char de combat conserve-t-il encore un intérêt aujourd’hui ?

Si la France n’a pas engagé ses Leclerc en Afghanistan, au Mali ou encore en Centre-Afrique, c’est que ce type de capacité ne répondait pas au besoin opérationnel du moment. Le choix des moyens à projeter est essentiellement fonction du profil de la menace, de la morphologie du terrain d’engagement et de leur empreinte logistique à consentir dans la durée.

Passer à la conclusion que les chars de bataille sont devenus inutiles serait donc un raccourci irraisonné. D’une part, l’actualité nous rappelle que les politiques de puissance des Etats sont toujours à l’œuvre et que le « bon droit » ne pèse pas toujours très lourd dans un rapport de force. D’autre part, l’Irak et la Syrie illustrent de manière manifeste que les moyens militaires de l’adversaire dit « hybride » ne cessent de monter en gamme. La guerre n’a pas qu’un seul visage, et la défense doit pouvoir faire face. C’est pourquoi les forces blindées/mécanisées, pour inactuelles qu’elles paraissent aujourd’hui en Europe, restent nécessaires dans cet environnement incertain.

Mais que peut le char aujourd’hui à l’heure de la puissance aérienne ?

Les forces terrestres s’intègrent systématiquement dans une manœuvre interarmées, où la composante aérienne doit au préalable s’assurer de la libre disposition du ciel, avant que soit envisagé l’engagement au sol. Des moyens de protection sol-air d’accompagnement sont d’ailleurs censés assurer une couverture complémentaire des opérations terrestres. Le char n’est donc pas seul.

En outre, la prolifération dans le monde de systèmes antiaériens performants, essentiellement russes et chinois, risque de contrarier notre suprématie aérienne dans les décennies à venir. Dans un tel contexte, si l’OTAN envisageait d’entrer en premier sur un théâtre ou s’opposer à une incursion terrestre sur le territoire d’un pays Allié, les forces terrestres ne pourraient pas forcément s’appuyer sur une supériorité aérienne complète et devraient alors être puissantes, mobiles et résilientes.

Sans prophétiser le retour des affrontements de haute intensité, ce type de forces – intercalées entre la dissuasion et les unités légères de l’échelon d’urgence – participent à un dispositif d’intimidation ou de réassurance stratégique qu’il serait judicieux de réinventer en Europe.

Alors que l’Europe désarme, le reste du monde réarme. En la matière, qu’en est-il du char lourd ?

C’est un fait, l’Europe désarme. Pour les chars lourds, les chiffres sont particulièrement parlants : entre 1999 et 2012, ils ont été réduits des deux tiers. Hors d’Europe, le char lourd reste une manifestation de la puissance des Etats et, à l’échelle du monde, le secteur du Main Battle Tank (MBT) reste dynamique. Le marché est soutenu essentiellement par la demande eurasiatique, mais aussi en provenance du Moyen-Orient, où les rivalités géopolitiques entretiennent une certaine course aux armements. La concurrence s’est notablement accrue par l’arrivée de l’industrie de défense des émergents.

A ce propos, Nexter et KMW ont amorcé un rapprochement en vue de constituer un géant européen de l’armement terrestre. Ce mariage vous semble-t-il pertinent ? Nécessaire ?

Dans l’environnement que je viens de décrire, la recherche de synergies est essentielle pour des entreprises européennes dont le volume des séries destinées aux forces armées nationales est insuffisant pour être rentable. Le rapprochement de ces fleurons français et allemand semble être de bon augure, même si la recherche d’un juste retour économique et la crainte d’une perte d’indépendance stratégique restent souvent un frein à la coopération.

Dans une démarche prospective, quelles sont les pistes de supériorité des chars du futurs ?

La première piste est la capacité pour une plateforme – qu’elle soit lourde ou légère – à localiser, identifier et détruire un objectif, le tout sans devoir s’arrêter pour tirer. Cette aptitude à mener un combat dynamique, conjuguée aux atouts de la numérisation de l’espace de bataille (NEB), accroît considérablement le rythme de la manœuvre, et ce faisant la sûreté des équipages.

La deuxième consisterait à pouvoir s’adapter très rapidement à une menace innovante. Pour cela, détenir des matériels modulaires capables dès la conception d’intégrer des kits de protection semble une piste prometteuse qui présente l’avantage d’être plus économique et réactive que la conception continue de nouveaux engins.

Enfin, la troisième piste pourrait être l’amélioration de leur « furtivité », tout particulièrement du point de vue thermique. Réduire ou masquer la signature des chars permettrait d’éviter d’être accroché et engagé.

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3 Responses to Faut-il conserver des chars lourds aujourd’hui ?

  1. Encore faut-il en posséder suffisamment pour avoir un seuil de suffisance. Combien de Leclerc pouvons-nous engager aujourd’hui de manière cohérente dans un GTIA blindé? ” la disponibilité du parc des chars Leclerc, après une diminution sensible, devrait “se stabiliser dans les prochaines années à un niveau tout juste suffisant pour les activités prévues”, estime l’Hôtel de Brienne. En 2014, elle devrait atteindre 60 % comme en 2013.” Alors discourons, discourons…. Roland Pietrini- Athena Defense

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  2. Tralle says:

    Si les chars lourds ont eu leur utilité dans une guerre classique avec un front bien établi des ennemis bien définis, depuis la fin du XX° siècle pour les conflits où l’armée française a été impliquée les engins blindés chenillés ont fait de la figuration! Il faut le dire… Alors conservons un régiment de Leclerc au pied des bâtiments de Canjuers pour garder un savoir faire et transformons nos cavaliers sur des unités dotées de véhicules blindés sur roues.

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  3. Martin says:

    Les char d’assaut lourd tout le monde en a besoin aujourdhui il faut juste trouvez un meilleur moyen de les deplacez

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