Vers une présence constante de l’OTAN à l’Est ?

Infrastructures de l'OTAN en Europe

La réassurance est un sujet bien connu des lecteurs d’Ultima Ratio. A l’appel des Baltes, des Polonais et des Roumains, plusieurs Alliés ont engagé des moyens militaires pour venir renforcer la présence de l’OTAN à l’Est : renforcement de la mission police de l’air dans les trois pays baltes, présence maritime plus forte en mer baltique, survol des territoires alliés avec des AWACS pour effectuer des missions de surveillance et de recueil de renseignement, multiplication d’exercices militaires… La France, bien que trop discrète dans ses déclarations, a été parmi les Alliés les plus engagés dans ces mesures.

Toutes relèvent du temporaire de long terme ; autrement dit, elles seront mises en œuvre aussi longtemps qu’elles seront jugées nécessaires. Pour autant, ces mesures n’ont jamais été suffisantes pour les voisins de l’Est. Ce qu’ils souhaitent vraiment, c’est une présence permanente de l’OTAN à l’Est – et parallèlement un retour clair et net à la défense collective. Ils estiment que les installations de l’OTAN ne reflètent pas la diversité géographique des membres d’aujourd’hui et qu’une présence permanente enverrait un signal dissuasif fort à la Russie.

Après des mois de tractations, il semble qu’un compromis ait été trouvé, plutôt à l’avantage de ceux opposés à une présence permanente. On parle en effet du pré-positionnement d’équipements et de C2 pour faciliter les entraînements dans le cadre d’un « readiness action plan », d’un renforcement du QG du Multinational Corps East à Szczecin en Pologne, d’un cycle d’entraînements dans la région, mais pas de présence permanente. Les détails précis de ces différentes mesures doivent encore émerger. En gros, l’OTAN n’aura pas de présence permanente, mais une présence constante.

C’est mieux que rien. C’est ainsi que les prudents peuvent présenter la chose et également la manière dont les principaux promoteurs d’une présence plus forte peuvent se consoler. Ces derniers s’attendaient-ils vraiment à une base otanienne à l’Est avec des soldats alliés ? Ce n’est pas certain, mais ils savaient qu’ils devaient conserver une position maximaliste afin d’obtenir quelque chose.

La Russie les a bien aidés. Entre les infiltrations, voire désormais l’intervention, en Ukraine, le soutien militaire et logistique apporté aux séparatistes, devenu tragiquement concret avec le crash du vol MH-17, et une rhétorique intransigeante, les chancelleries de l’Est avaient suffisamment d’arguments à faire valoir.

Et après ?

Quid de l’après-Newport ? Face à une Russie toujours aussi peu encline à changer de trajectoire en Ukraine, ira-t-on plus loin pour passer de la réassurance à la dissuasion ? Comment cette dissuasion prendrait-elle forme ? Des idées un peu fantasques ont fuité : pointer par exemple certains des systèmes de défense anti-missile de l’OTAN ostentatoirement en direction de la Russie. Peut-on imaginer une réévaluation d’une posture de présence constante vers celle de présence permanente ? A ce jour, il existe trop de divisions sur le sujet. Il faudra déjà constater comment chacun s’impliquera à moyen terme dans le régime d’entraînements renforcé. Qui participera ? Comment ? Avec quelle régularité ? Avec quels moyens ?

Toutefois, n’excluons pas un plan en plusieurs parties. Une présence permanente est écartée aujourd’hui, parce qu’elle reste perçue par certains comme une mesure d’escalade trop forte à l’encontre de la Russie et que le rapport coût financier / impact stratégique parait disproportionné en faveur du premier.

Il semble qu’un élément de réponse se trouve dans le « readiness action plan ». Ce plan a deux ambitions : aller au-delà de mesures de réassurance temporaires et préparer la capacité de réponse de l’OTAN pour tout type de scénario. Cet équilibre trouvé évoluera vraisemblablement en fonction de la situation géopolitique et des besoins de l’Alliance. En effet, la seconde ambition vise à ne pas confiner l’OTAN post-Afghanistan à la défense collective, au détriment des scenarii de gestion de crise. Le plan se veut flexible et schématiquement plus la position russe apparaîtra intransigeante et potentiellement dangereuse pour la sécurité européenne, plus le curseur s’orientera vers la défense collective. A l’inverse, une désescalade russe inciterait plusieurs Alliés à demander de réorienter les efforts davantage vers la gestion de crise – une tendance naturelle à la lumière de la majorité des postures de défense des pays membres.

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