Mémorial du Ténéré: un documentaire à voir

Les documentaires sur le terrorisme sont généralement orientés vers l’analyse de la menace ou, buy viagra au contraire, vers les dispositifs mis en place pour se prémunir contre les attaques. Plus rares sont ceux qui se focalisent sur les victimes. A cet égard, je vous recommande vivement de visionner « Le mémorial du Ténéré – les familles du DC-10 d’UTA », écrit et réalisé par Jérôme Carret.

Le 19 septembre 1989, le vol 772 d’UTA explose au-dessus du Ténéré. Un Transall de l’armée française repère rapidement les débris de l’appareil, en plein désert, à 650 kilomètres d’Agadez. Un détachement du 8ème RPIMa, commandé par le lieutenant-colonel Kuntzmann, est parachuté sur zone et découvre une scène d’horreur : parmi les 170 occupants de l’appareil, aucun n’a survécu. Au gré de son enquête, le juge Bruguière acquiert la conviction que les responsables de cet attentat sont les mêmes que celui de Lockerbie : les services secrets libyens. En 1999, 6 responsables de ces services – dont Abdallah Senoussi, le propre beau-frère du colonel Kadhafi – sont condamnés à la perpétuité par contumace.

Senoussi poursuit sa carrière en Libye. Au début des années 2000, il devient chef des renseignements militaires. En 2011, quand la révolte éclate dans son pays, il joue un rôle actif dans la répression, en particulier à Benghazi. Alors que l’intervention militaire internationale, menée par la France et le Royaume-Uni, fait plier les forces du colonel Kadhafi, Senoussi prend la fuite. En juin 2011, la Cour pénale internationale (CPI) émet un mandat d’arrêt international à son encontre. Après un passage par le Maroc, il est arrêté à Nouakchott en Mauritanie en mars 2012. En septembre de la même année, il est extradé vers la Libye. Un an plus tard, la CPI autorise la Libye à le juger.

Plusieurs éléments du documentaire de Jérôme Carret marquent particulièrement. Tout d’abord, le courage et la détermination des familles des victimes. Celles-ci ont lutté pendant des années pour obtenir justice. Après le procès, elles n’ont cessé de demander l’extradition des individus condamnés in abstentia. Elles ont aussi noué des liens avec les autorités libyennes et ont fini par obtenir, en janvier 2004, une indemnisation de 170 millions de dollars. Les intérêts de cette somme ont permis, entre autres, d’ériger le mémorial du Ténéré dont la construction en plein désert – véritable défi logistique – symbolise notamment l’abnégation des proches des victimes.

Un autre point saillant du documentaire réside dans la persévérance de la justice, incarnée en l’occurrence par Jean-Louis Bruguière. Ce dernier, dont l’interview intégrale est disponible en ligne (voir ci-dessous), évoque tous les obstacles qu’il a dû surmonter pour parvenir à la condamnation des 6 agents libyens. Ces obstacles étaient non seulement pratiques – exagère-t-il  quand il insiste sur la difficulté de récolter des preuves lorsque la température avoisine les 70 degrés ? – mais aussi politiques, le colonel Kadhafi disposant jusqu’à son renversement de soutiens bien établis en France. Ces obstacles politiques font partie du quotidien des juges antiterroristes, comme le souligne également Marc Trévidic dans son ouvrage Au cœur de l’antiterrorisme.

Enfin, on ne peut être que frappé par le témoignage du général Kuntzmann (voir la vidéo ci-dessous). Il a visiblement été marqué à vie – et on le comprend – par sa mission de septembre 1989. Lorsqu’il parle, on dirait qu’il revoit les débris de l’avion et les corps démembrés. La proximité qu’il décrit entre les proches des victimes et les militaires parachutés sur la scène de l’attentat est saisissante. On s’interroge alors sur la notion de « victime ». Les morts appartiennent bien sûr à cette catégorie, tout comme, pour d’autres attentats, les survivants touchés dans leur chair et leur esprit. Le documentaire de Jérôme Carret montre que les proches des victimes sont aussi des victimes. Comme l’exprime une femme interrogée, les vies des pères, mères, frères, sœurs, fils et filles des disparus sont irrémédiablement bouleversées voire brisées : pour certains, « the show can’t go on ». Quant aux soldats traumatisés par la découverte de l’épave du DC-10 d’UTA, serait-il absurde de les considérer, eux aussi, comme des victimes ?

 

Témoignage du juge Bruguière:

Témoignage du général Kuntzmann:

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