« Brexit »: la France pourrait-elle enfin faire ce qu’elle veut de la PSDC ?

On m’a récemment proposé d’écrire un court papier traitant de l’impact éventuel sur la France d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Après un premier aller-retour, pharmacy les éditeurs voulaient que je me penche davantage sur les implications que cela aurait sur la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Dans le format imparti, sickness cela n’était pas faisable. Surtout, cela demanderait une réflexion plus approfondie et détaillée. Ce billet en est une ébauche : il n’a pas de valeur définitive, au contraire, il a pour vocation d’ouvrir le débat.

Lorsqu’on débat des enjeux de défense en Europe, il n’est pas rare d’entendre des Français dire que les Britanniques empêchent l’« Europe de la défense » de décoller. Les « Anglais » seraient responsables de nombreux blocages. Depuis 2010, par exemple, le budget nominal de l’Agence européenne de défense (AED) est gelé à 30,5 millions d’euros – autant dire, donc, qu’il diminue depuis trois ans. Dans une volonté de réduction des budgets européens à toutes les encornures, Londres dit ne pas pouvoir justifier une hausse de budget de l’Agence quand les siens baissent. Les « Anglais », encore, s’opposent obstinément à la création d’un quartier-général opérationnel et de planification permanent (OHQ) pour l’UE. Inutile, disent-ils : les structures de l’OTAN sont déjà en place, ainsi que le mécanisme de « Berlin plus » autorisant l’UE à s’en servir, donc un OHQ serait une duplication. On se souvient d’un absurde épisode survenu en décembre 2011. Les ministres des Affaires européens s’accordent alors sur l’utilisation du centre d’opérations de l’UE : Alain Juppé, en poste à ce moment, se réjouit de l’accord, premier pas, selon lui, vers un OHQ ; pour William Hague, son homologue britannique, c’est également une victoire, mais parce que le projet d’OHQ est abandonné…

A en juger rapidement, on pourrait croire que si le Royaume-Uni sortait de l’UE, la PSDC pourrait enfin prendre son envol. En réalité, ce serait une fausse bonne nouvelle, qui n’aurait pour autant peut-être rien de dramatique.

Imaginons une PSDC sans Britanniques. Sans eux, la PSDC incarnerait encore davantage le symbole de l’Union comme « puissance civile ». En Europe aujourd’hui, à l’exception de la France et du Royaume-Uni, aucun État ne souhaite tenir la corde sur des opérations militaires. C’est peut-être regrettable, mais c’est une réalité. L’UE n’est pas nécessairement le véhicule privilégié ni par les Britanniques, ni par les autres pour mener des opérations militaires d’envergure, comme l’a montré la campagne libyenne. Néanmoins, sans les Britanniques, les Français auraient bien du mal à créer un effet d’entraînement auprès des autres États-membres. L’UE deviendrait le champ d’application d’une approche globale, avant tout civile avec un soupçon militaire.

Le véritable problème de la PSDC n’est pas à Londres, mais dans le reste de l’Europe. La course au désarmement est en marche en Europe et, conséquences inévitables, les ambitions stratégiques fondent et l’idée même de projection de forces – qui sont de fait de plus en plus réduites – peine à perdurer. Aujourd’hui, l’Entente cordiale semble être le seul moyen de maintenir une réflexion stratégique sur les affaires du monde au sein de l’UE. En bref, si le Royaume-Uni sortait de l’UE, les États-membres pourraient, certes, avancer sur certains projets, mais le risque très probable serait d’aboutir à une PSDC durablement civile et sans réelle ambition stratégique. A première vue, cela semble éloigné de ce que souhaite la France.

À moins que…

La France semble devenir plus pragmatique sur la défense européenne. Certes, l’UE reste le cénacle privilégié du fait de son cadre plus politique que l’OTAN, mais la situation nécessite un regard moins dogmatique : baisse des budgets de défense, fin au moins temporaire d’opérations majeures en coalition (perte possible d’interopérabilité), revivification de l’engagement sélectif américain, etc.

Dans ce contexte, vouloir garder les Britanniques et tenter de muscler la PSDC pourrait n’être qu’une perte de temps… Convaincre les Britanniques paraît difficile et le réajustement stratégique américain ne changera rien à cela. Une PSDC sans le Royaume-Uni prendrait un « d » minuscule, et achèverait toute idée de renforcer sa dimension militaire, le maillon faible aujourd’hui. L’OTAN est reconnue par les Européens comme le véritable forum pour discuter de la chose militaire et l’Alliance, plus généralement, est probablement vouée à l’affirmation d’un rôle plus marqué de la part des Européens. La France encourage ses partenaires européens à être responsables dans leur gestion nationale de la défense. Pourquoi alors la France n’aurait-elle pas intérêt à concéder une réelle complémentarité entre les deux : à l’OTAN de gérer le militaire ; à l’UE de s’occuper surtout du civil et d’un soupçon de militaire (missions d’entraînement, Atalanta etc.) ? Cela n’exclurait d’ailleurs pas des coalitions ad hoc, comme c’est le cas au Mali.

Auquel cas, un départ britannique de l’UE n’aurait pas vraiment d’impact sur une PSDC déjà timorée vis-à-vis de la chose militaire. Le Royaume-Uni serait, bien sûr, encore membre de l’Alliance atlantique, qu’il considère comme le vrai forum politico-militaire de l’Europe. Au sein de l’AED, il pourrait obtenir un statut similaire à la Norvège ou la Suisse, ce qui lui permettrait de participer aux projets de pooling and sharing. Il pourrait rejoindre les opérations de l’UE auxquelles il souhaite contribuer. Les traités de Lancaster ne seraient pas affectés, étant bilatéraux, et les Britanniques seraient, selon toute vraisemblance, contraints de suivre les règles européennes s’ils souhaitent rester dans le marché de défense européen.

Quoiqu’on pense de ces hypothèses, esquissées ici afin de nourrir le débat, derrière cette réflexion prospective se cache, en filigrane, le besoin d’une réflexion décomplexée sur l’avenir de la PSDC, mais surtout de la défense en Europe. Le Conseil européen de décembre consacré au sujet, les réunions et les travaux subséquents, ainsi que le sommet de l’OTAN à l’automne 2014, doivent être appréhendés comme des rendez-vous participant du même effort : éviter une démilitarisation de l’Europe.

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