Au coeur de la cyberdéfense

DSI_CyberdefenseLe dernier hors-série de DSI est intitulé au « cœur de la cyberdéfense ». Réalisé en partenariat avec le Centre de Recherche des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, sildenafil ce numéro mérite d’être lu. Il comporte une centaine de pages et réunit quelques uns des meilleurs experts français de la cyberguerre, qu’ils soient universitaires ou praticiens. On notera en particulier la participation de plusieurs officiers en pointe dans le dispositif français de cyberdéfense, healing dont l’incontournable contre-amiral Arnaud Coustillière. Ce hors-série tombe à point nommé pour faire un bilan de l’état de la réflexion sur la conflictualité dans le cyberespace alors que le Livre blanc de 2013 insiste plus encore que celui de 2008 sur l’importance des menaces cyber et qu’il officialise l’existence de capacités nationales offensives en la matière.

Ce numéro est subdivisé en deux parties : la première est dédiée aux « défis » (qui sont les adversaires dans le cyberespace ? Quelles sont les cyberarmes ? Comment les menaces pourraient-elles évoluer ?, etc.) tandis que la seconde a trait aux « réponses » (quels cadres juridiques s’appliquent aux conflits dans le cyberespace ? Quelle est la doctrine des armées françaises en matière de cyberguerre ? Comment les armées étrangères s’adaptent-elles au « milieu cyber » ?, etc.). Sur le fond, les auteurs sont, dans l’ensemble, mesurés : ils ne cherchent pas à exagérer la menace et mettent en garde contre les discours alarmistes visant à justifier des réorganisations et à mobiliser des ressources disproportionnées. Ils ne pèchent pas non plus par naïveté : la France – y compris ses organismes d’intérêt vital – est visée par un nombre croissant d’attaques : le Centre d’Analyse et de Lutte Informatique Défensive a traité 420 incidents en 2012 contre 196 en 2011.

Plusieurs articles de ce numéro sont non seulement informatifs mais, de surcroît, intellectuellement stimulants. On citera par exemple celui de Christian Malis sur les paradoxes du cyberconflit. L’auteur, connu notamment pour ses travaux sur la pensée stratégique de Raymond Aron, insiste sur les caractéristiques du cyberespace qui permettent une diffusion de la puissance à des acteurs non-étatiques. Le web est en effet accessible à tous et permet à des acteurs ne disposant pas des attributs classiques de la puissance de peser sur la scène politique internationale. Ceci étant, Christian Malis tempère ce « pouvoir égalisateur de l’ordinateur » : seuls les Etats les plus puissants d’un point de vue militaire sont capables de mener des cyberattaques réellement sophistiquées. Dans le cyberespace, des formes d’hybridation sont en outre possibles : les Etats peuvent s’allier à des organisations non-étatiques pour commettre des méfaits. Faut-il s’en inquiéter ? Oui et non. Oui, dans la mesure où l’attribution des cyberattaques n’en devient que plus complexe. Non, car ces cyberattaques « remplacent » en fait d’autres formes de conflictualité plus violentes. Christian Malis aurait pu ici s’appuyer sur les derniers travaux de Thomas Rid mais il préfère citer Guillaume Tissier qui qualifie le cyberespace de « soupape de sécurité dans les relations internationales ». Et d’expliquer que la cyberlutte peut permettre d’agir contre un adversaire tout en restant « au-dessous du niveau de la guerre ».

Ces arguments peuvent bien sûr être discutés : n’est-il pas possible d’envisager des scénarios d’escalade finissant par aboutir à des actions en dehors du cyberespace ? En d’autres termes, une série de cyberattaques majeures ne peut-elle pas engendrer une réplique conventionnelle ? Le fait qu’une cyberattaque provienne d’un acteur non-étatique – servant ou non de paravent à un Etat – empêche-t-il des représailles conventionnelles sur le territoire d’un Etat souverain ? Des parallèles pourraient ici être dressés avec le terrorisme : les attentats du 11 septembre 2001 ont entraîné une opération militaire de grande ampleur qui a visé Al Qaïda et le régime des Talibans, tenu pour responsable de la présence de l’organisation terroriste sur son territoire.

D’autres éléments de l’article de Christian Malis mériteraient d’être évoqués et discutés ici mais ce post risquerait de devenir trop long. Je vous incite donc à vous rendre chez un marchand de journaux et à acheter le hors-série n°32 de DSI.

Share
Ce contenu a été publié dans Lu, vu, attendu, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Au coeur de la cyberdéfense

  1. Ping : Au coeur de la cyberdéfense | Tout sur la cybersociété, la cybersécurité, la cybercriminalité, la cyberdéfense, ...

  2. Ping : DSI: au coeur de la cyberdéfense | Cyber...

  3. Ping : Au coeur de la cyberdéfense | OSINT News...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.