Réalités d’un régiment de chars en 2013: l’Ifri au 501e RCC

image29Le Centre des études de sécurité de l’Ifri a récemment pu visiter le 501e régiment de chars de combat, implanté à Mourmelon. Comme lors des occasions précédentes (1er Spahis, CENZUB, CENTAC), l’objectif de cette visite était de mieux appréhender l’organisation et la vie d’un régiment et de son personnel, les défis posés par la mise en œuvre des réformes, et bien sûr de voir le matériel de plus près. Voici quelques points saillants qui sont ressortis des présentations et discussions.

Créé en 1918, le régiment initialement qualifié d’Artillerie Spéciale rassemble certains des chars ayant servi dans la première offensive blindée en 1917, à Berry au Bac. Pour marquer son caractère d’arme nouvelle, il est alors décidé de distinguer les régiments d’Artillerie spéciale des régiments de ligne en leur attribuant des numéros à partir du chiffre 500. A ce titre, le 501e aime à se caractériser comme le « 1er des chars ». Devenu 501e régiment de Chars de Combat en 1920, il s’est aussi illustré lors de la Seconde Guerre Mondiale. En effet, après avoir été engagées à Narvik, certaines de ses compagnies rejoignent à leur retour les Forces Françaises Libres à Londres et participent à plusieurs grandes opérations en Afrique. L’unité combat entre autres au Gabon et au Tchad, et s’illustre en Cyrénaïque dans la bataille d’El Alamein (1942). La marche du 501e pour la Libération l’emmène, au côté du général Leclerc, des côtes normandes en 1944 jusqu’à Berchtesgaden en 1945 où il s’empare du Nid d’aigle d’Hitler, Berghof.

Le régiment compte 700 personnes (essentiellement des hommes puisque le taux de féminisation est de 3,8%) de différentes spécialités : pilote de char, tireur, mécanicien, pilote Véhicules Blindés Légers (VBL), transmetteur, etc. Le régiment est composé de 6 escadrons : un escadron de commandement et de logistique ; un escadron d’administration et de soutien ; enfin, 4 escadrons de combat (avec chacun 4 pelotons de 3 Leclerc et de 3 VBL). Le 501e RCC est aujourd’hui doté en théorie de 52 chars Leclerc et de plusieurs centaines d’autres véhicules, parmi lesquels les Véhicules de l’Avant Blindés (VAB) et VBL.

La Politique d’Emploi et de Gestion des Parcs (PEGP), que le blog avait déjà évoquée suite à la visite de l’équipe au 1er Spahis, a eu un impact fort sur le nombre de véhicules physiquement présents sur le site du 501e RCC. La PEGP a instauré quatre types de parcs afin d’optimiser l’utilisation des véhicules roulants de l’armée de Terre et de réduire les coûts de Maintien en Condition Opérationnelle (MCO). Ainsi, bien que l’unité compte 52 chars sur le papier, le régiment ne dispose en permanence qu’au minimum 12 et au maximum 18 chars. Si cette politique permet de diminuer grandement les coûts d’acheminement des véhicules sur les sites d’entraînement, accroît la disponibilité de ceux-ci et la réactivité du dispositif, et permet de rationaliser certaines fonctions de soutien pour les concentrer sur un nombre réduit d’emprises, elle pose néanmoins des problèmes de maintien de certains savoir-faire techniques au sein du régiment – une difficulté déjà ressentie au sein du 1er Spahis.

Ainsi, afin de conserver une capacité d’entrainement satisfaisante sur les Leclerc tout en limitant les coûts, le régiment a recours aux systèmes de simulation, soit à l’échelle de l’équipage entier d’un char (3 personnes) soit afin de renforcer la coordination et la compréhension au sein du duo chef de char/tireur : il s’agit ici de driller, d’acquérir des automatismes qui seront bienvenus dans des situations de stress et de combat (voir les photos).

Le véhicule autour duquel se structure le 501e RCC est le char Leclerc, actuellement le seul char de bataille des armées françaises, qui, avec une masse de 58 tonnes, est l’un des « poids plumes » des chars de combat modernes (le M1A2 Abrams pèse plus de 62 t). L’efficacité du char Leclerc repose sur la combinaison de 5 facteurs : l’observation, l’infovalorisation, la protection, la puissance de feu et la mobilité.

  1. L’observation est assurée par plusieurs capteurs et lunettes incluant une lunette thermique à 360° et un télémètre Laser, l’ensemble permettant une visée précise, nuit et jour et en tous temps – ces capacités étant  complétées par les missions de reconnaissance effectuées par les VBL accompagnant toujours les Leclerc. Pour tirer le meilleur parti de ces capacités d’observation, le chef de char a la possibilité soit de se rallier à un objectif identifié par le tireur, soit de prendre la main en forçant la tourelle à s’orienter vers une cible qu’il aurait lui-même identifiée, permettant une grande réactivité en combat.
  2. L’infovalorisation du char repose sur le système d’information terminal SIT V1 ICONE. Le système d’information au niveau de l’équipage du char est convivial et semble donner satisfaction. Toutefois, des problèmes se posent au niveau des systèmes d’information des échelons supérieurs : d’une part, ceux-ci sont moins conviviaux ; d’autre part, l’interopérabilité entre les différents systèmes est perfectible. Rien d’étonnant, dans la mesure où trois entreprises différentes ont été impliquées dans le développement des trois systèmes, expliquant cette hétérogénéité et les difficultés de communication entre les différents niveaux.
  3. La protection du Leclerc est assurée de trois manières différentes : doté d’un blindage moderne, il est aussi protégé contre les attaques NBC et durci face aux IEM (impulsions électromagnétiques). Enfin, son autoprotection, particulièrement cruciale en combat urbain, repose sur le système Galix. Celui-ci se compose de 18 pots lanceurs montés sur le char et pouvant disperser des charges fumigènes, des leurres infrarouges, ou des munitions antipersonnel de défense rapprochée.
  4. L’une des spécificités du Leclerc est sa puissance de feu significative, principalement fournie par un canon de 120 mm pouvant engager 6 cibles par minute tout en roulant, jusqu’à une distance de 4000m. Il est aussi équipé d’une mitrailleuse 12.7 coaxiale, autrement dit, celle-ci bénéficie du même système de visée que le canon, permettant ainsi une bonne précision de tir. Une revalorisation pour l’instant prévue à partir de 2019 dans le cadre du programme SCORPION devrait notamment permettre de télé-opérer de l’intérieur (comme pour les VAB TOP apparus en Afghanistan) les mitrailleuses 7.62 actuellement placées sur la tourelle, renforçant ainsi les capacités d’action du Leclerc en zone urbaine.
  5. La spécificité d’un char est de combiner en un même véhicule protection, puissance de feu et mobilité. Ce dernier facteur fait parfois débat, tant pour le Leclerc que pour les autres chars modernes. Si les chars de combat jouissent d’une bonne mobilité tactique – sur le champ de bataille, donc – grâce aux chenilles permettant de ne pas être affecté par le terrain, leur mobilité stratégique – capacité à être déployé sur un théâtre d’opération – est plus problématique. Ici, le format du Leclerc et de ses équivalents est un inconvénient clair : plus lent et coûteux à acheminer, il est difficile à transporter en avion. En soi, ce décalage entre mobilités tactique et stratégique n’a rien d’anormal et reflète les spécificités des chars lourds, utilisés dans les environnements les moins permissifs. C’est à l’échelle de l’Arme Blindée Cavalerie prise dans son ensemble qu’il convient donc de trouver un équilibre avec les régiments de cavalerie légère afin de disposer d’éléments de décision combinant autant que possible agilité et puissance.

De ce fait, les Leclerc ont été projetés assez rarement depuis leur entrée en service : ils ont été projetés au Kosovo (1999-2002) et au Liban (2006-2010), le 501e RCC ayant à chaque fois participé à ces déploiements. Cependant, cela ne signifie pas que le régiment ne participe à d’autres projections. En effet, comme nous l’avons entendu dire lors de notre visite : « notre spécialité c’est le Leclerc, mais notre métier c’est le combat embarqué ». Ainsi, le 501e a été déployé ces dernières années au Tchad, Sénégal, Côte d’Ivoire, Guyane et Nouvelle Calédonie. Le 501e RCC a également été projeté en Afghanistan en AMX 10RC. De plus son expertise de combats de blindé a conduit ses cadres à instruire l’Armée nationale afghane au sein de l’Armor Branch School (ABS).

Salle de simulation pour chefs de char et tireurs Le monde vu d'un épiscope de Leclerc Simulateur / Pilote de char IMGP8441 Le Leclerc en manoeuvre Mourmelon_501RCC_octobre_2013 029
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4 Responses to Réalités d’un régiment de chars en 2013: l’Ifri au 501e RCC

  1. Decius Mus says:

    69 tonnes le M1 ? Vraiment ?

    En short tons alors, parce qu’en long tons ou en tonnes on avoisine plutôt les 62 je crois.

    [Reply]

    Juliette Deroo répond/replies:

    @Decius Mus, Désolée, j’ai repris les chiffres communiqués par le 501e. Mais effectivement, après vérification, il s’agit bien de 69 short tons et donc de 62.1 tonnes métriques.

    [Reply]

  2. Corto Maltese says:

    en Irak les challenger 2 sont montés à 70 tonnes.

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  3. L'amateur d'aéroplanes says:

    En date d’aujourd’hui, la composition à t’elle changé ? J’ai lu 3 escadrons de combat et 2 de reconnaissance sur un forum.

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