La défense, pour quoi faire ?

L’OTAN a un problème : répéter cérémonieusement le même message, à savoir que la défense est importante et qu’il ne faut pas en sacrifier le budget, n’a plus d’effet – si tant est qu’il en ait jamais eu un. Les Américains le répètent ad nauseum et les Européens opinent volontiers du chef sans paraître très concernés. En outre, comme dans toute communauté, les partisans prêchent des convaincus et oublient trop souvent d’ôter leurs œillères.

La situation actuelle est pourtant très préoccupante. Parmi les Alliés européens, la part médiane du budget consacrée à la défense est tombée à 1,23 % du PIB en 2012 et les coupes budgétaires se font sans coordination ou même préavis. Chez les Européens, l’absence de vision stratégique, voire simplement l’absence d’intérêt pour la chose stratégique, semble devenir une tendance de long terme.

L’OTAN s’est donc tournée vers sept think tanks européens et nord-américains pour tenter de mieux comprendre les dynamiques nationales sur les questions de défense. L’exercice est compliqué, mais la logique est évidente : afin de convaincre les populations que la défense est importante, il faut mieux calibrer les messages en fonction des pays et les porter au-delà des traditionnelles sphères de défense, déjà acquises à la cause.

L’Ifri a été invité traiter le cas français. En amont du discours qu’Anders Fogh Rasmussen va prononcer dans 2 jours à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN à Dubrovnik, et qui devrait s’inspirer entre autres des résultats des différents think tanks, voici en bref les leçons qui sont ressorties. Avertissement liminaire : elles sont partielles et nécessiteraient plus de travail, en particulier des entretiens et des analyses nettement approfondis.

Nous avons tiré quatre leçons de l’exercice :

  1. L’importance d’un outil de défense adéquat n’est pas réellement un débat en France. On se rebiffe toujours un peu quand un officiel américain demande à l’Europe d’investir davantage dans la défense, mais le problème n’est pas en France. Alors que la défense est utilisée sans aucun complexe comme une variable d’ajustement chez nombre de nos voisins, l’argument du maintien de la puissance française continue d’avoir un écho notable.
  2. Maintenir une industrie de défense est essentiel pour conserver notre compétitivité et des savoir-faire uniques. Face à la montée en puissance de certains concurrents, il semblerait peu compréhensible de saborder un pôle où la France tient son rang et figure même parmi les tout meilleurs. Même si le rapport de dépendance tend à s’inverser, les opportunités de développement dual à partir de technologies militaires restent un élément attrayant.
  3. Le temps est venu de développer plus de coopérations avec nos partenaires européens. C’est un vieil appel dont l’argumentaire a toutefois évolué : pour certains, c’est une question de stratégie, pour les autres c’est une nécessité découlant de l’assèchement des ressources nationales. Le soutien à une européanisation des politiques de sécurité et de défense est régulièrement mis en avant dans les sondages, mais la confusion règne sur deux points pourtant essentiels :  jusqu’à quel niveau faut-il partager et avec qui il est aujourd’hui pertinent de coopérer ?
  4. Le déficit d’information et de formation explique en partie que les débats de défense suscitent peu d’intérêt et restent confinés à une petite communauté. En dépit des efforts des gouvernements successifs afin de promouvoir l’esprit de défense, il semble que le message ne suscite pas l’adhésion de tous, notamment dans l’éducation.

Encore une fois, ces premiers éléments sont sommaires. Certes, un billet de blog ne permet pas d’être exhaustif, mais  c’est un champ qu’on espère bien continuer à défricher…

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