Quand le Crif s’impliquait dans la guerre en Yougoslavie

Lettre_Shimon_Peres_13_10_1993A la mi-août, Jean Kahn est décédé. François Hollande a salué la mémoire d’un « inlassable défenseur des droits de l’homme ». Jean Kahn a occupé de nombreuses fonctions. Il a notamment été président de la commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) à la fin des années 1990. Avant cela, de 1989 à 1995, il avait été président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif). Le bloc soviétique était alors en plein délitement et la guerre en Yougoslavie faisait rage.

1992. Les atrocités du conflit yougoslave choquent les communautés juives du monde entier : la multiplication des camps de concentration amène immanquablement la presse juive et les leaders communautaires à dresser des parallèles avec la Shoah. Aux Etats-Unis, les grandes organisations juives font pression sur le gouvernement pour tenter d’obtenir une intervention militaire. Elles mènent également des opérations de sauvetage, notamment pour tenter de transférer les quelques centaines de Juifs vivant en Bosnie vers Israël.

Au niveau européen, la communauté juive française est particulièrement active. Jean Kahn initie plusieurs actions humanitaires. L’une d’entre elles lui permet de faire converger sa volonté de sauver des civils menacés par le processus de purification ethnique avec un des objectifs du Crif : défendre l’image d’Israël. Au début de l’année 1993, il imagine une opération permettant à 84 Musulmans de Bosnie d’être accueillis par l’Etat hébreu. Ce dernier est alors sous le feu de la critique pour avoir expulsé 415 Palestiniens. L’accueil des Bosniaques est dénoncé par les détracteurs d’Israël comme une opération de propagande visant à faire diversion. Les autorités des villages arabes qui avaient accepté d’héberger ces réfugiés subissent des pressions et finissent par renoncer. Les 84 Bosniaques sont finalement envoyés au kibboutz Beit Oren.

En janvier 1993, le processus d’Oslo a démarré en secret. La poignée de main historique entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin a lieu le  13 septembre 1993. Un mois plus tard, le ministre israélien des Affaires étrangères, Shimon Pérès, écrit au président du Crif, Jean Kahn (voir la photographie de la lettre qui figure ci-dessus). Il le remercie chaleureusement d’avoir joué un « rôle décisif » dans l’opération d’exfiltration des réfugiés bosniaques. Le ministre souligne que cette action a permis d’améliorer l’image d’Israël, non seulement dans les pays occidentaux mais aussi dans le monde arabe. Il ajoute qu’elle a pu contribuer « aussi diffusément et modestement soit-il, à la percée historique réalisée récemment dans le processus de paix ».

Certains des réfugiés bosniaques ont obtenu la nationalité israélienne, d’autres ont choisi de quitter leur pays d’accueil, probablement pour rentrer en Bosnie une fois la guerre terminée. A la fin des années 1990, il n’en restait plus qu’une trentaine en Israël. Comment ont-ils vécu la deuxième Intifada ? Que sont-ils devenus ? Je l’ignore.

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