Terrorisme: arrêtons de taper sur les services !

graffiti_salafAu lendemain de l’arrestation de l’auteur présumé de l’agression contre un militaire qui patrouillait dans le quartier de La Défense, plusieurs médias se sont interrogés sur d’éventuelles défaillances de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI). Dans Le Monde, Laurent Borredon rapporte que le suspect n°1, un jeune qui se prénommait Alexandre avant sa conversion à l’islam, a fait l’objet d’un signalement de la sous-direction de l’information générale (SDIG) des Yvelines en février dernier. La note de la SDIG a été transmise à diverses autorités (directeur départemental de la sécurité publique, etc.) puis au bureau de liaison avec la DCRI qui n’a pas donné suite. Sur RTL, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, explique que la note décrivait l’auteur présumé de l’attaque « comme un fondamentaliste musulman » qui ne présentait toutefois « pas un profil jihadiste ».

Cette affaire pose la question plus large des processus de radicalisation et de passage à l’acte. Nombre de convertis se radicalisent à la manière d’Alexandre – adoption du code vestimentaire des salafistes, volonté de ne pas exercer un métier impliquant de côtoyer des femmes, rupture avec les proches considérés comme impies, etc. – mais n’ont aucune volonté de commettre des attentats ou d’autres actes violents.

Alexandre serait passé du Tabligh au salafisme, ce courant qui se réfère à l’islam des origines, celui des Salaf Salih ou « pieux prédécesseurs ». Un cheminement de ce type n’est pas exceptionnel. Dans son récent ouvrage sur le « salafisme mondialisé », Mohamed-Ali Adraoui explique que les « post-tablighis » sont nombreux dans la mouvance salafiste. Il donne l’exemple de Pierre, devenu Adnan après sa conversion, qui a fait partie du Tabligh avant de se rendre compte qu’il faisait « fausse route » et que le « vrai islam » était celui des salafistes.

Trois catégories de salafistes sont généralement distinguées : les quiétistes, participationnistes et jihadistes. Les premiers se consacrent à la pratique religieuse et refusent toute forme d’engagement politique. Les deuxièmes souhaitent porter leurs idées dans le champ politique et acceptent, par exemple, de participer aux élections. Les troisièmes, qui se reconnaissent dans la figure d’Oussama Ben Laden, prônent le recours à la violence. Le passage de l’une à l’autre de ces tendances est possible mais loin d’être automatique. En effet, les salafistes quiétistes exècrent souvent les jihadistes. Dans son ouvrage, Mohamed Ali-Adraoui interroge un salafiste quiétiste qui explique qu’il rêve de quitter la société française impie pour s’installer dans un pays musulman. Il ajoute qu’il n’ira jamais en Afghanistan car Oussama Ben Laden a « retourné le cerveau des Afghans » et les a détournés du « vrai islam ».

Combien y a-t-il de salafistes en France ? Probablement entre 5 000 et 10 000. Combien d’entre eux ont des velléités violentes et chercheront un jour à passer à l’acte ? Une minorité. Quels sont les effectifs de la DCRI ? Entre 3000 et 4000 qui rappelons-le, ont bien d’autres « clients » à surveiller que les salafistes. Vouloir mettre un policier de la DCRI derrière chaque fondamentaliste musulman est donc impossible. Ce serait aussi un gaspillage des deniers publics puisque la grande majorité d’entre eux ne basculeront jamais dans la violence. Les attaques comme celle de la Défense, apparemment commise par un individu isolé utilisant un mode opératoire très simple, sont extrêmement difficiles à empêcher. D’autres attaques de ce type auront certainement lieu dans les prochaines années. Alors, puisque le terme est à la mode, soyons « résilients » et cessons de blâmer systématiquement nos services de renseignement !

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2 Responses to Terrorisme: arrêtons de taper sur les services !

  1. Romain B. says:

    Il est aussi important de ne pas trop mettre de pression sur “les services” pour éviter que ceux-ci, pour se couvrir, ne se livrent à une escalade sécuritaire qui serait nuisible à nos libertés publiques. Ce qui au final, serait une victoire pour les terroristes, aussi bien par les restrictions à nos libertés ainsi gagnées (“Vous voyez, vous vous prétendez des démocraties, et on voit comment vous fonctionnez”) que de par les potentielles tribunes médiatiques ainsi offertes (imaginons une affaire des “Irlandais de Vincennes” islamistes !)

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  2. R.Boury says:

    Il est clair que ce genre d incidents est tres difficile a prévenir. Vouloir mettre un policier derrière chaque fondamentaliste musulman est inconcevable . Tout d abord car cela causerait une réduction des libertés incompatible avec nos valeurs constitutionnelles, et par ailleurs entraînerait une stigmatisation des populations musulmanes de France( qui rappelons-le ont déjà beaucoup souffert depuis le 11 septembre). je ne vois pas comment les services de sécurité seraient en mesure de prévenir un salafiste de passer du quiétisme,ou participationnisme au djihadisme. La seule chose a faire est de continuer a dénigrer tout acte djihadiste, et c’est principalement aux musulmans eux-mêmes que revient la lourde tache d’agir pour que l’Islam reste une religion noble et non pas une arme révolutionnaire.

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