Quelle sécurité face aux virus émergents ?

Deux virus « émergents » ont fait parler d’eux ces dernières semaines: le nouveau coronavirus et le H7N9. Ces deux virus ont causé la mort de plusieurs personnes, en Chine, au Moyen Orient et en Europe. La menace d’une épidémie reste apparemment contenue. Les erreurs réalisées pendant la gestion de la pandémie grippale de 2009 ont plutôt contribué à une communication très prudente sur les risques pandémiques. Cependant, ces morts rappellent que ce risque est réel et doit être pris en compte.

Le nouveau coronavirus (une famille qui inclut le rhume et le SRAS, mais n’est ni l’un ni l’autre) est proche des coronavirus trouvés dans les chauves-souris. D’avril 2012 à mars 2013, 17 personnes ont été infectées par ce nouveau coronavirus. Voici le tableau des cas cliniques, selon le CDC :

Arabie Saoudite : 9 personnes  (6 décès)
Qatar : 2 personnes, qui ont survécu
Jordanie : 2 personnes (2 décès)
Royaume-Uni : 3 personnes (2 décès)
EAU : 1 personne (décédée)

Sur les 17 cas d’infection connus, on a donc compté 11 décès. Dans au moins un cas, au Royaume-Uni, un cas de transmission inter-humaine a pu être observé. Deux des patients (Qatar, EAU) ont été soignés en Allemagne.

Le virus H7N9 est, quant à lui, un virus de grippe aviaire. Il a pu être détecté chez 9 personnes en Chine, donc trois sont décédées. Pour l’instant, si tous les cas n’ont pas de liens établis avec un élevage de volaille, aucune transmission inter-humaine n’a pu être démontrée. Voir sur la carte HealthMap.

Face à ces épidémies qui restent pour l’instant grises, tant leur impact réel à venir reste incertain, les mesures à prendre sont pondérées par leur impact potentiel sur la vie économique et le tourisme. L’OMS ne recommande pas d’éviter tout voyage en Arabie Saoudite ou en Chine. La Chine a cependant pris des mesures pour protéger sa population comme en témoigne cet article du Washington Post :

Under the contingency plan, schools, hospitals and retirement facilities are to be on the alert for fevers, and administrators are to report to health authorities if there are more than 5 cases of flu in a week. Cases of severe pneumonia with unclear causes are to be reported daily by hospitals to health bureaus, up from the weekly norm. The plan also called for stronger monitoring of people who work at poultry farms or are exposed to birds. The level-3 response plan, the 2nd-lowest in a 4-stage scale, reflects higher concern after the H7N9 bird flu virus led to the deaths of 2 men in Shanghai and seriously sickened a woman in the city of Chuzhou, 360 km (230 miles) [to the] west.

Pour l’instant, cependant, ces deux épidémies restent en dessous du radar politique, captives des services de santé qui jusqu’ici réussissent à les maîtriser et à réduire l’anxiété voire la panique que des cas de H7N9 ou de nouveau coronavirus pourraient déclencher s’ils se produisaient à Hong Kong ou à Singapour, encore très marqués par H5N1 ou le SRAS. Elles restent « grises »: on ne sait par exemple pas encore très bien si le nombre limité de cas s’explique parce que seuls les cas les plus graves sont détectés, ou s’il est lié aux caractéristiques propres du virus, encore peu infectieux chez l’homme.
Cependant, on peut déjà se demander si l’expérience du SRAS ou de H5N1 [voir à ce titre mon étude sur la gestion globale de H5N1] ou de la grippe de 2009 nous a suffisamment préparés pour faire face à une évolution du virus, soudain plus transmissible, tout en restant (peut-être) aussi dangereux.

Voici, pour rappel, quelques points essentiels issus de ma précédente étude :

  • Les nouvelles maladies émergent souvent à la jonction de la santé humaine, animale et environnementale ce qui requiert une action conjointe des trois secteurs (approche « Une santé ») ;
  • La prévention des crises sanitaires ne peut se faire dans un seul pays, mais doit être conduite à la fois au niveau de chaque Etat et de façon collective, via les agences internationales et la solidarité internationale (aide aux pays les moins riches) ;
  • La préparation aux pandémies requiert des efforts constants, notamment grâce à des simulations, pour discerner les failles dans les systèmes de prévention et de gestion de crise ;
  • Lutter contre les épidémies dans la durée implique de lutter contre la « fatigue » qui saisit les acteurs du monde de la prévention des risques sanitaires : les personnes clefs dans la lutte contre la grippe aviaire et pandémique en 2005 ont quasiment tous disparus sans être remplacés, emportant avec eux le fort leadership politique qui soutenait les politiques de prévention sanitaire ;
  • Il n’est pas nécessaire de créer de nouvelles structures pour gérer les crises sanitaires, mais de renforcer les structures existantes et leur coopération entre elles ;
  • Souligner l’enjeu sécuritaire des crises sanitaires permet de renforcer leur visibilité politique et d’accroître les ressources, mais cela peut avoir des effets très négatifs si cela a pour résultat un manque de transparence et une mauvaise communication entre les acteurs en charge de la gestion de la crise (on pense par exemple au problème des plans intersectoriels secrets, inconnus des acteurs devant les mettre en place…).
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