Budget de Défense : la France en a-t-elle pour son argent ?

Alors que la réflexion autour du Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale bat son plein, salve dans un contexte sombre d’austérité budgétaire, pharmacy on s’interroge rarement sur l’efficacité de la dépense. En somme, viagra quel service obtient « la maison France » par rapport aux sommes engagées ?

Répondre à cette question implique de se comparer, à périmètre équivalent, à des puissances de rang à peu près équivalent au nôtre, par-exemple l’Allemagne et le Royaume-Uni. Prenons les chiffres du dernier rapport sur les dépenses des Etats membres de l’OTAN pour avoir des termes de comparaison communs. On s’aperçoit tout d’abord que la France en 2011 a dépensé 10 milliards de moins (53.44 milliards de $) que le Royaume-Uni (63.56 milliards de $, soit 16% de plus que nous) et 5 milliards de plus que l’Allemagne (48.14 milliards de $, soit 10% de moins que nous). La hiérarchie des dépenses étant posée, quel est le niveau de service rendu, en termes de capacités stratégiques ou opérationnelles et, partant, d’influence politique ?
Pour 10 milliards de moins que son voisin britannique, l’entreprise « Défense » offre à son client une force nucléaire plus indépendante, la France disposant d’un complexe national de simulation high-tech (notamment autour du laser mégajoule) et concevant ses missiles en toute indépendance,  alors que le Royaume-Uni a dû bénéficier de la technologie américaine pour les missiles Polaris puis Trident. De plus, la France peut compter sur une composante nucléaire aérienne contrairement à son homologue.

S’agissant des forces conventionnelles, la France dispose d’un dispositif prépositionné opérationnel en Afrique (au centre du continent et sur chaque façade maritime). Son efficacité a été mise en exergue avec l’opération Serval. Rien de tel pour le Royaume-Uni et encore moins pour l’Allemagne. La France dispose en outre d’un réseau de bases, certes modestes, mais couvrant tous les océans de la planète (Océan Indien, Pacifique, zone Caraïbes). Le réseau anglais est beaucoup plus parcellaire (Atlantique-sud, Gibraltar, Chypre, Brunei – Diego Garcia est davantage une base américaine) : sa capacité à influer rapidement sur les crises régionales en est donc affectée.
Quid du renseignement stratégique et, partant, de l’indépendance de l’appréciation politico-militaire ? Là encore, avantage net pour la France grâce, entre autres, à sa politique spatiale (satellites stratégiques). Avantage à nuancer toutefois, car le Royaume-Uni bénéfice de la politique « 4 eyes-only », c’est-à-dire du partage de renseignement entre nations anglo-saxonnes. Ensuite, la France a accumulé du retard sur les drones MALE (medium altitude long endurance – renseignement plutôt opératif).

source: metapoinfos

Sur le plan des capacités opérationnelles, la comparaison est plus délicate car les facteurs à analyser sont nombreux. Ici aussi, l’avantage global reste à la France. En termes d’effectifs, le « service Défense » génère 227 000 hommes pour seulement 192 000 au Royaume-Uni et 204 000 pour l’Allemagne. De là à dire que notre masse salariale est finalement bon marché… la tentation est grande ! Plus intéressant encore, ses effectifs sont facilement employables en vertu de notre processus décisionnel politique (primauté de l’exécutif). Le « service  Défense » est le seul  offrant une Marine océanique couvrant tout le spectre (y compris aéronaval), même si la Royal Navy dispose de bâtiments de combat en moyenne plus modernes, plus puissants (tonnage, systèmes d’armes) et avec une meilleure flotte logistique. L’Allemagne ne nourrit pas l’ambition de disposer d’une Marine de projection, ses moyens sont donc beaucoup plus limités. Les armées de l’air sont plutôt comparables, avec un avantage numérique pour la France, chacun des trois pays ayant des forces et des faiblesses légèrement différentes.  Enfin, pour les forces terrestres, l’Allemagne est – sur le papier – la mieux placée pour le combat de haute intensité tandis que la France possède un avantage en termes de forces légères rapidement déployables avec des effectifs significatifs. La British Army est un modèle intermédiaire avec des effectifs plus réduits. L’armée de Terre a des matériels globalement plus âgés. Dans chacun de ces trois pays, les forces armées souffrent depuis une décennie environ de déficits capacitaires tendant à s’accumuler et qui ne sont pas nécessairement les mêmes.

Sur un tout autre plan, industriel celui-ci, le tableau de l’OTAN indique que la part de la dépense affectée à l’acquisition d’équipements est de 28.2% pour la France (2011), 16.4% pour l’Allemagne (2011), 24.5% pour le Royaume-Uni (2010) : avantage France avec une dépense efficace technologiquement, si tant est que les équipements soient fournis très majoritairement par l’industrie nationale, ce qui est le cas.

source: thinkdefence

Sans cocorico passionnel, on peut donc raisonnablement conclure que le « service Défense» offre une dépense efficiente avec un résultat global meilleur qu’ailleurs. La France parvient à être, en quelque sorte, un modèle réduit de puissance globale, manifestement grâce à une masse salariale plus économique que pour ses homologues et parce que le matériel est globalement plus vétuste. On se doute que l’élastique est tiré au maximum et que les mots magiques de rationalisation, civilianisation, externalisation ont déjà donné l’essentiel de leurs fruits : plus de marges de manœuvre réelle à espérer de ce côté-là. La fameuse « mutualisation européenne » ne sera pas non plus le Deus ex machina, l’actualité nous en fournissant tous les jours la démonstration. Comme le souligne le Sénat, la situation actuelle correspond à une « juste insuffisance ». Par conséquent, les coupes budgétaires inéluctables affecteront nécessairement la cohérence d’un système dont on obtenait beaucoup pour un coût somme toute modique comparé à autrui. Cela ne sera pas sans conséquence sur l’influence politique de la France pour la décennie à venir.

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3 Responses to Budget de Défense : la France en a-t-elle pour son argent ?

  1. Spirit of Bercy says:

    Excellent article, on ne peut pas dire mieux. Dommage que mes voisins de couloir qui ne savent compter qu’en budgets annuels et sont inaptes à se projeter dans l’avenir n’en aient pas conscience

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  2. fx says:

    Vous oublier le gros point noir.

    La projection stratégique, 0 gros gros porteur lourds (genre C-17). alors bien sur la france se démerde quand elle en a besoin location des antonov ukrainien, des C-17 britanniques. Et un gros problèmes sur les ravitailleurs vétusté et nombre.

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    Jean Guibourg répond/replies:

    @fx, bien vu! Cela fait partie de ce que j’appelle pudiquement “les déficits capacitaires ayant tendance à s’accumuler”. On pourrait d’ailleurs en citer d’autres (hélico lourds, drones MALE,…).

    [Reply]

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