« Le don du soin, le don de soi »

Je publierai dans Politique étrangère, le périodique de l’Ifri, une recension sur l’ouvrage de Patrick Clervoy, Dix semaines à Kaboul. Je ne résiste cependant pas à l’envie de vous inciter dès maintenant à vous l’offrir et à le lire pour Noël, si vous êtes prêts à regarder de près un visage oublié de cette guerre qui, comme les autres guerres, « prend deux fois la vie », une fois au combat, la deuxième fois du fait des blessures invisibles (p. 254).

« Ici on se découvre » (p.113)

Patrick Clervoy est professeur de médecine, titulaire de la chaire de psychiatrie à l’Ecole du Val de Grâce. De retour d’une mission en Afghanistan en 2011, il en tire un livre, qui donne à voir le visage humain de ce que j’appelle les « entrailles » de la guerre, les blessés (Afghans et otaniens) et tout le Service de santé des armées qui les prend en charge, du pharmacien au technicien qui répare les matériels (« Mac Giver »), en passant par cette féminin médecin chargée des MEDEVACS qui ne porte pas d’arme, ou ce médecin britannique qui a fait toutes les guerres du Royaume-Uni depuis trente ans. Blessures physiques et psychiques sont mises à la lumière de façon égale, avec une grande humanité, un regard quasi anthropologique, une émotion contenue et une certaine réserve visant à préserver l’intimité des personnes. Une touche d’humour allège parfois la violence des scènes décrites, notamment ce fameux « cahier qui pue » où sont retranscrites toutes les bourdes prononcées par l’équipe…

Le livre vous apprendra ce qu’est une « 9 lines », ce que veut dire « se faire tiquer » en argot militaire, comment on fait pour jongler avec les lits d’hôpitaux, et comment, parfois, l’écriture d’une lettre aux parents d’une victime permet de faciliter le deuil. Il souligne à la fois les extraordinaires progrès de la médecine de combat, qui sauve de plus en plus de blessés, et ses limites structurelles, face à une guerre qui ne se gagne pas et à des pathologies, notamment psychiques mais aussi physiques, pour lesquelles il n’existe pas (encore?) de solution.

N’hésitez donc pas à vous laisser emporter par ce livre si facile à lire et pourtant si dur, qui rappelle qu’en Afghanistan « l’acte médical porte une émotion en plus » (p. 216).

Share
Ce contenu a été publié dans Divers, Lu, vu, attendu, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.