Violences politiques en Sierra Leone, malgré dix ans de paix

La Sierra Leone devrait célébrer début 2012 une décennie de paix, rendue possible notamment par l’intervention du Royaume-Uni et des Nations Unies. Alors qu’aujourd’hui cette présence internationale est réduite à une peau de chagrin, la perspective des élections présidentielles et législatives 2012 renforce les tensions et de nouvelles violences ont éclaté le 3 septembre à Kono et le 9 septembre à Bo, deuxième ville du pays. De telles violences avaient déjà éclaté avant les élections présidentielles en 2007 et en 2009.

La guerre avait fait en partie disparaître l’opposition entre le Nord (représenté par le parti APC) et le Sud (représenté par le parti SLPP) de la Sierra Leone, cependant cette opposition a réapparu dès les élections de 2002 et structure véritablement la vie politique sierra-léonaise. Une vieille pratique sierra-léonaise consistait à mobiliser des jeunes pour défendre les intérêts d’un candidat, si besoin en recourant à la violence, comme l’a montré l’anthropologue américaine Mariane Ferme. Or, depuis 2007, les partis ont commencé à remobiliser d’anciens combattants, donnant lieu à de nouvelles confrontations ponctuelles lors d’élections et dans les parties de la Sierra Leone les plus disputées, aux frontières entre zone APC et zone SLPP.

Ces violences, pour Lans Gberie, s’expliquent par un climat d’impunité et la présence limitée de la police et s’accompagnent de provocations entre religions inquiétantes. Elles semblaient avoir diminué depuis 2009, mais des affrontements ont eu lieu début septembre à Kono, à l’Est du pays, puis le vendredi 9 septembre à Bo, au centre de la Sierra Leone. Il y aurait eu un mort et 23 blessés (voir aussi ici). On trouve en ligne des images de ces violences (ici), qui ont vu à la fois une attaque contre Maadia Bio, le candidat du SLPP aux prochaines élections présidentielles (blessé par des pierres, voir la vidéo), suvi de l’incendie de plusieurs bâtiments de l’APC et de résidences de personnalités locales de l’APC.

Maadia Bio (ancien brigadier) fut le chef de l’Etat sierra léonais pendant quelques mois en 1996 : il avait pris le pouvoir par un coup d’Etat puis organisé les élections présidentielles ayant permis le retour de la démocratie en Sierra Leone.

Ces affrontements sont inquiétants, d’autant qu’ils s’accompagnent d’une couverture des évènements par la presse souvent partielle, manquant de modération voire jetant de l’huile sur le feu. Notons qu’on a pu aussi observer des violences similaires au Liberia, ce qui témoigne que le jeu démocratique, s’il est bien implanté dans la région (au point de structurer les violences), reste un jeu dangereux et volatile. Cela augure mal des prochaines élections, en 2012, d’autant que les forces de sécurité sierra-léonaises, bien que réformées et plus efficaces qu’il y a dix ans, restent prisonnières du bon vouloir du politique. Si ce dernier reste incapable de réguler le jeu partisan, et son propre recours aux anciens combattants, les forces de sécurité sont condamnées à tenter d’éteindre, difficilement, les braises sur lesquelles les politiques ont soufflé. Elles risquent pour ce faire, d’avoir elles mêmes recours à une force de plus en plus excessive et de se faire instrumentaliser par le pouvoir (défendant l’APC davantage que le SLPP comme en 2009).

 

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