Le contre-espionnage militaire allemand, prochaine victime des coupes budgétaires?

Ce post a été rédigé par Louis-Marie Clouet, chercheur au Comité d’étude des relations franco-allemandes (Cerfa) de l’Ifri.

Alors que la réforme de la Bundeswehr est déjà fortement contrainte par les restrictions budgétaires  – le ministère allemand de la défense doit économiser 8 milliards d’euros d’ici à 2014 -, le contre-espionnage militaire allemand pourrait lui aussi faire les frais des mesures d’austérité engagées par le ministre allemand de la Défense Karl Theodor zu Guttenberg.

Selon un article du quotidien allemand Handelsblatt, repris par Die Zeit, le Militärisches Abschirmdienst (MAD) pourrait être dissous et ses fonctions reprises par les deux autres services fédéraux de renseignement, le service de contre-espionnage Bundesamt für Verfassungsschutz (BfV) et le service de renseignement extérieur Bundesnachrichtendienst (BND). Cette mesure permettrait d’économiser 70 millions d’euros. Le personnel du MAD s’élève à 1300 personnes, ce qui en fait le plus petit des trois services allemands de renseignement.

En vertu de la loi du 20 décembre 1990, les missions du MAD se rapprochent de celles de la DPSD avec pour tâche principale la prévention des tentatives d’espionnage au sein de la Bundeswehr : contrôle du personnel civil et militaire, protection des installations sensibles contre les tentatives d’espionnage, de sabotage ou de destruction.

Plus spécifiquement, cela signifie que le ministère allemand de la Défense perdrait un nouveau service de sécurité et de renseignement. Le Zentrum für Nachrichtenwesen der Bundeswehr (ZNwB) créé en 2002 était l’équivalent du BND pour le ministère allemand de la Défense, ce dernier ne bénéficiant pas d’un accès total et direct aux renseignements du BND. Fin 2007, le ZNwB a été démantelé et ses fonctions réparties entre le BND, le BfV, les états-majors et structures de commandement, et le Kommando Strategische Aufklärung (Commandement de reconnaissance stratégique, KSA).

Le KSA est désormais la principale structure chargée spécifiquement du renseignement militaire, en s’appuyant essentiellement sur les sources de renseignement non-HUMINT ; ses fonctions le rapprochent de ce point de vue de la DRM. C’est ce service qui opère notamment les satellites SAR-Lupe.

La mesure de suppression du MAD est critiquée par l’opposition (sociaux-démocrates et Verts) sur deux points :
–    D’une part, le MAD remplit des « missions totalement différentes » des autres services, et se focalise sur les besoins vitaux des militaires.
–    D’autre part, les partis d’opposition questionnent la capacité des deux autres services civils à reprendre des missions pour lesquelles ils n’ont pas été conçus et de remplir aussi efficacement les fonctions du MAD, dans un environnement militaire à la culture complètement différente.

Une critique évoquée par le Handelsblatt voit dans cette mesure un signe avant-coureur d’une offensive plus générale contre les services de renseignement, initiée par le parti libéral FDP, actuellement au pouvoir en coalition avec les Chrétiens Démocrates. Les Libéraux voudraient faire passer au banc d’essai tous les services de renseignement allemand, avec pour objectif explicite de les réduire à un seul service.

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2 réponses à Le contre-espionnage militaire allemand, prochaine victime des coupes budgétaires?

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